Interview Entretien avec Olivier Guillon (The Soundroots)

7 Novembre 2013
Entretien avec Olivier Guillon (The Soundroots)

Une interview un peu spéciale aujourd'hui, avec un groupe appelé The Soundroots. Nous nous sommes entretenus avec Olivier, guitariste rythmique de la bande, venu nous conter les aventures de son petit groupe Charentais, qui fait son bonhomme de chemin et qui est fidèle au titre de leur premier clip, en train de "toujours avancer". Ici, nous sommes à la bonne école, les idoles s'appellent AC/DC ou encore Motörhead, on ne cherche pas à faire dans la dentelle, il faut que ça remue les os. Pourtant, à écouter l'ami Olivier, il se pourrait que The Soundroots, ce soit quand même un poil plus complexe que ça. Mais laissons lui la parole voulez-vous... 

" Toujours Avancer "

Tu ne fais pas les choses à moitié. Même vos démos sont pressées en CD et mises sous blister, ça a un petit côté officiel intéressant.

(rires) Oui. Néanmoins j’aimerais insister sur quelque chose. Ce que tu as là comme tu le dis, ce sont des démos. Mais si à l’avenir on venait à trouver une boîte prête à nous signer et à nous payer un enregistrement, le résultat pourrait être totalement différent. Ce sont vraiment des démos, ça implique un son brut, y’a pas de producteur, le son n’est pas mixé, mais nous voulions avoir quelque chose qui ait de la gueule pour les gens qui seraient intéressés par ce que nous faisons. D’ailleurs, puisque je parlais de la perspective d’un vrai premier album, je pense que je reprendrais quelques titres de nos deux premières démos. Ça leur donnera un nouveau visage, car il faut dire qu’avec cette batterie et cette basse qui prennent tout l’espace sur les démos… Il faut savoir baisser le son je pense ! Je viens tout juste de commencer à essayer de baisser le niveau du gain sur ma guitare d’ailleurs, apparemment, il le fallait (rires).

Où se situe la musique de The Soundroots ?

Comme je dis toujours, j’essaie d’exploiter ce côté Metal qui a toujours fait partie intégrante de mon éducation musicale. J’apprécie beaucoup des groupes comme Manowar, de Metallica ou encore d’Iron Maiden. Mais, à côté de ça, je suis aussi un grand fan d’AC/DC, ZZ Top, Lynyrd Skynyrd et j’ai toujours eu tendance à situer Motörhead au milieu de tout ça. D’ailleurs, je pense qu’on se situe comme assez proches de ce que peut faire Motörhead, même si mes maîtres resteront toujours AC/DC. Tu vois, à discuter ici avec toi, j’arrive à me situer. Par contre, lorsqu’il s’agit de s’asseoir et de composer, je n’ai pas vraiment de limites, je ne me situe plus nulle part. Je me contente de jouer ce qui sort. D’ailleurs, pour la petite histoire, la semaine dernière on était en studio et on a bossé sur deux nouvelles chansons, et je dois avouer qu’elles sonnent énormément Motörhead.

Tu en parles beaucoup j’ai l’impression.

Oui, car il y a tout dans la musique de Lemmy et son groupe. Comme tu le sais, au début de la carrière de Motörhead, ils pouvaient tout aussi bien jouer devant un public de hardos ou un public de keupons. Chose que tout le monde ne pouvait pas faire.

Alors, les Soundroots, ça a commencé quand et comment ?

Tout a commencé en 1997 en fait. Après, tout ce qui est compositions et concerts, ça a débuté tout récemment, ça fait à peu près deux ans. Mais oui, tout a vraiment commencé en 1997 avec mon frère Pierre (batteur). Nous avons toujours fait de la musique, écouté de la musique, vécu par la musique. C’est donc tout naturellement qu’un jour nous nous sommes mis à faire des reprises de groupes que nous aimions, puis à donner deux concerts dans un petit bar. Par la suite, tout est très vite tombé à l’eau, car chacun est parti voguer de son côté. Mais ça m’avait vraiment marqué de pouvoir se retrouver sur scène comme ça, c’était plutôt une belle consécration après avoir passé ma jeunesse à faire de l’air-guitar dans ma chambre. La scène m’avait vraiment procuré des sensations incroyables. Un jour, j’y repensais encore et encore, donc j’ai décidé d’y réfléchir et je me suis assis près de ma femme et ait discuté avec elle, lui expliquant que malgré mon amour inconditionnel du rugby que j’ai pratiqué durant des années et que j’allais continuer à pratiquer encore, dès que j’arrêterais ce sport, je ferais du Rock N’ Roll. J’ai arrêté le rugby il y a trois ans, j’en ai reparlé avec mon frère qui était revenu du Mans, on a tapé un bœuf avec un cousin à nous qui était bassiste et ça fonctionnait plutôt pas mal. Le chanteur (Mazout) qui est toujours là aujourd’hui était avec nous, je l’avais remarqué car il jouait au rugby avec moi et avait tendance à donner de la voix durant les troisièmes mi-temps, et il avait déjà une sacrée bonne voix ! Nous avons continué à composer, à bosser des reprises, et de fil en aiguilles, on se démmerdait de mieux en mieux.

Quand on regarde les titres de vos chansons et qu’on écoute de quoi ça parle, on se rend compte qu’il y a quand même une petite profondeur. Qu’est-ce qui vous inspire pour les paroles ?

Tout est autobiographique, peu importe l’auteur des paroles, que ce soit moi, Pierre ou bien encore notre chanteur. De ce fait, l’inspiration est venue très facilement. Surtout des histoires des familles à vrai dire, car il faut avouer que nous avons traversés pas mal de galères. Le seul moyen d’extérioriser quand on est une personne qui n’aime pas trop parler, ou trop se dévoiler, c’est d’écrire. Tu fais chier personne avec tes problèmes, et surtout, tes paroles alliées à la puissance du Rock N’ Roll, tu extériorises tout par la musique, par la force de ton jeu et de tes paroles. C’est une sensation très agréable. Mais encore une fois, tout ça n’était pas réfléchi. Je ne calcule pas ce que j’écris autour d’un riff. Je trouve le riff, je m’inspire de ce qu’il dégage et j’écris. C’est automatique. On ne veut pas se donner une image de mecs pas drôles et super sérieux, mais nous agissons à l’instinct et voilà où l’instinct nous mènent. Il y avait tellement de choses à dire, d’ailleurs je pense qu’il y en a encore. Quand on passe sa vie à bouger, à voir ses potes, à accumuler les galères ou je ne sais quoi, et bien tu auras toujours plus d’inspiration que le type qui passe sa journée assis devant un écran. Si tu as vécu des mauvaises choses, tu peux monter un groupe de Rock N’ Roll, c’est toujours mieux qu’un psy.

Ça fait quoi de bosser autour de ce dont tu me parles avec son frère à ses côtés ?

Ce qu’il faut dire à propos de Pierre et moi, c’est que malgré le fait qu’on soit frères de sang, nous n’avons pas grandis ensemble. Ce que j’adore chez lui, c’est que nous n’avons pas besoin de parler pour monter une nouvelle composition. J’arrive avec un riff, je joue et il suffit d’un regard pour qu’il me suive et sorte un plan qui a de la gueule. C’est là que je m’inquiète pour l’avenir, car Pierre ne va pas rester avec nous, il a d’autres projets et je dois donc trouver un nouveau batteur. Mais est-ce que je retrouverais ça ?

Je te sens vraiment embêté par la situation.

Tu n’as pas idée… Elle est tellement riche cette collaboration… (il s’arrête, un peu ému) Tu sais, je suis quelqu’un qui donne énormément. Je donne beaucoup d’amour aux gens que j’apprécie, pas dans le but de recevoir en retour, mais je veux que ça se respecte. Attention, je ne dis pas que Pierre ne respecte pas l’amour que je lui donne, mais je sens son départ comme un abandon, même si dans les faits et dans ses intentions, il ne s’agit pas de ça. Il fait ça car il a le cul entre deux chaises. Moi je vais me lancer, je vais foncer, comme j’ai toujours fait. Cette attitude est probablement la mienne car j’ai toujours été quelqu’un à fleur de peau, j’ai toujours besoin de quelque chose qui me passionne.

Tu ne regrettes pas de ne pas t’être lancé plus tôt dans un projet musical ?

Oui et non, mais le oui l’emporte car par rapport à ce qu’on fait et ce qu’on aime, loin de moi d’être prétentieux, mais je suis sûr qu’il y a vingt ans de ça, ce que nous faisons actuellement aurait pu marcher, plus rapidement en tout cas. Il n’y avait pas internet, la musique c’était les concerts, les cassettes, les cd’s. Il n’y avait pas de « fast-food » musical comme on peut en trouver aujourd’hui grâce au net. Aujourd’hui on prend, on jette, on ne sent plus vraiment le talent, ni ce que les artistes ont à proposer.

Quel regard portes-tu sur ta vie aujourd’hui ?

Je suis heureux, j’ai mon travail et ma musique. Mon travail que je gère tout seul également, j’ai monté mon projet, et je me débrouille plutôt assez bien. J’ai toujours refusé de bosser dans une usine, ce ne serait pas moi si je faisais ça, ça devait être mon premier côté Rock N’ Roll (rires). J’ai toujours tout fait avant les autres dans mon entourage, que ce soit les cheveux longs ou les tatouages, je suis toujours le premier à foncer. Mais au niveau de la musique, je vois des gens qui ne font que ça, comme mes potes d’Heaven Colt qui eux pour le coup sont à fond dans le délire, tout ce qu’ils font tourne autour de leur groupe, j’aimerais pouvoir faire ça. 

Un mot sur votre nouveau bassiste ?

Morgan est quelqu’un de très sympa en plus d’être un très bon bassiste. Christophe, qui occupait ce poste avant lui est parti loin, ce qui fait qu’il ne pouvait plus assurer avec le groupe, il y a d’autres raisons aussi, mais c’est plus compliqué. Je suis content qu’on soit tombés sur Morgan, car c’est un excellent bassiste, enfin « excellent »… Non pas que je recherchais quelqu’un d’excellent. Malcolm Young dit que ce qui compte ce n’est pas d’être un monstre de technique, mais d’être capable de faire les choses simplement et efficacement. Et Morgan répond à cette description !

De quoi parle la chanson « Coupable de Rien » ?

C’est une chanson écrite par Pierre, mais je peux toujours te raconter. Comme je te le disais, nous partons souvent sur des thèmes autobiographiques. Dans la vie, il va t’arriver des choses, tu vas véhiculer une image, un discours, et tu te rends coupable de ça, de ce que tu dis, alors que tu ne l’as même pas fabriqué. Tu as été conçu comme ça ! Tu es coupable de ce que tu véhicules, mais tu es né comme ça, ce n’est pas ta faute.

As-tu déjà trouvé qui remplacerait Pierre ?

Non malheureusement. Nous avons auditionné un mec il y a quelques temps, il me disait qu’il ne trouvait pas de groupe car il avait soixante-deux ans et que personne ne voulait de lui. Je lui ai dit : « J’en ai rien à foutre, du moment que tu tapes fort ça me va. » Il tapait fort, il était carré, mais ça n’allait pas pouvoir marcher. Il faut dire qu’il avait des problèmes de dos assez importants, ce qui ne lui permettait pas de tenir le coup pour un concert de 2h. J’ai aussi reçu une demande de la part d’une petite nana de 18 ans qui habite vers Périgueux, mais elle était très hésitante à venir nous rejoindre, elle n’osait pas et ça traînait. Elle m’a quand même sorti : « Ouais, je ne sais pas si je pourrais, faut que je demande à mes parents. » (éclats de rire)

Est-ce qu’il y a des choses que tu composes tout seul dans ton coin mais que tu ne te vois pas utiliser avec The Soundroots ?

En effet. Je suis un très grand fan de Seasick Steve, et je dois avouer qu’il se peut que je m’amuse bien avec ma guitare à faire des trucs qui se rapprochent un peu de ce qu’il fait. J’ai une guitare acoustique complètement pétée, sur laquelle il n’y a que trois cordes en fait, je l’ai accordée en SOL et c’est rigolo !

Tu parlais des choses simples, c’est l’état d’esprit du groupe ? Simple et efficace ?

Exactement ! Notre guitariste Arnaud, qui s’occupe des soli pourra te le dire ! Il me sortait des plans à la Van Halen ou à la Satriani, et je ne supporte pas d’entendre 20000 notes à la seconde ! Il a donc bossé des plans de blues inspirés de Gary Moore, alors que je lui avais dit de bosser du Angus Young (rires).

Toi par contre, tu ne veux absolument pas jouer de soli !

Ah non ! Ça ne m’intéresse pas du tout, j’avais bien envisagé de bosser mon jeu de basse pendant un temps, mais non. J’ai besoin de garder ma guitare rythmique, de travailler ma main droite. Regarde la scène dans Lemmy Movie, quand le fils de Lemmy explique que quand il était gamin, son père s’est posé devant lui et a joué un Mi à la gratte pendant vingt minutes pour qu’il comprenne bien comment on faisait. C’est tout à fait moi ça ! Quand j’avais quatorze ans et que j’ai acheté ma première guitare, j’ai passé je ne sais pas combien de temps à bosser sur le La, très similaire au La que joue Malcolm sur le Live At Donington d’AC/DC, quand Angus revient de son solo sur Let There Be Rock. Pour moi c’est ça le pied !

C’est quoi le prochain palier à franchir pour vous ?

On le franchira quand on aura trouvé un batteur. Mais j’ai bien l’intention de le franchir, ainsi que celui au-dessus ! Nous avons un clip, on espère enregistrer vite, mais surtout, nous restons vrais. C’est ça le plus important.

4212 vuesPar Jimmy Jetsam

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The Soundroots est un groupe de hard-rock Charentais. 

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