Chronique The Black Angels - Phosphene Dream

9 Décembre 2012
The Black Angels - Phosphene Dream

Groupe bien sympathique auquel j'ai prêté toute l'attention de mes oreilles ces derniers temps, The Black Angels. Outre l'influence évidente du Velvet Underground aussi bien musicalement qu'esthétiquement parlant - je ne vous apprendrai rien ici, checker donc les anecdotes sur la toile -, concentrons nous donc sur ce qui important chez Louder! : la Musique.

Les critiques usent à juste titre d'un terme anglophone dorénavant récurent pour qualifier leur musique, dirge. Difficile à traduire en français au moins autant qu'il est pénible d'essayer de se débarrasser de cette aura que dégage leur son et qui vous colle au cuir chevelu, un son transpirant qui vient du sud -Texas-, sableux, rêche, brûlant, mais suave et envoûtant.

Ma première réaction à l'écoute de Entrance song -quoi de mieux pour une entrée en matière dans leur univers- fut la subite réminiscence de la voix de Robert Plant, notamment perceptible dans les premiers gémissements de Christian Bland. Alors certes, l'influence du Velvet Underground ; mais la grogne animale qui s'en dégage rappelle les plaintes mélodieuses du chanteur mythique de Led Zeppelin. Loin de moi l'idée de comparer leur voix, c'est davantage l'impact de "l'arrière son" qui m'a captivée. Parce que ce qui est intéressant ici, c'est cette constante préoccupation pour la cultivation d'un son qui vient des entrailles, qui a macéré et qui n'en ressort que plus primitif. Le tout est desservi tel un hymne noir duquel jaillit un râle mortifiant, adoucit par cette pointe de rock garage un tantinet velours. Une musique qui persiste à se vouloir immortelle dans son sens le plus radical et qui vous empoisonne l'esprit longtemps après la fin des chansons. Cette persistance est d'ailleurs textuellement exploitée dans le titre de leur second opus, Phosphene Dream, particulièrement réussi. Un phosphène caractérise cette impression de voir des tâches de lumière vous mitrailler la rétine, lumière inexistante au demeurant ; vous savez, lorsque vous vous levez brusquement le matin, qu'un vertige vous fait vaciller et que des étincelles parsèment votre vue. L'utilisation trop soutenue d'un sens peut vous faire défaut, mais croyez moi, votre ouïe se complaira dans cette obstination musicale de guitares grinçantes, de basses sourdes et de percussions soutenues.

Prophétique ou non, les noms de certains membres du groupe en disent long : Bland/Bailey/Hunt. Mélange capiteux de ce goût fade de poussière du désert, de liqueur et d'instinct de traque. Le voilà votre cocktail Black Angels. Il ne vous reste plus qu'à choisir le bon verre, car The Black Angels ne s'écoute par sur n'importe quelles enceintes. Il en faut qui envoient du lourd. Ca vous fera pensée à Cavalry de QuickSilver Messenger Service, à Iron Butterfly, aux films de Tarantino, de Jim Jarmusch, à Lee Van Cleef machouillant du tabac, ou encore au bruit sur les photographies d'Anton Corbijn, de Michael Ackerman ou celles de Mitch Dobrowner.

The Black Angels, c'est toute la beauté et le paradoxe de l'oxymore : un rythme délicieusement lancinant qui vous rend aveugle et vulnérable face aux serpents à sonnette des sables du Texas.

Ensorcelé, vous verrez probablement des anges ; noirs, s'il vous plait.

2527 vuesPar Dria

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