Chronique My Bloody Valentine -m b v-

4 Février 2013
My Bloody Valentine -m b v-

Surprise surprise : 12 ans après la sortie de leur joyau Loveless, voici donc le dernier album de My Bloody Valentine sobrement intitulé m b v. Coup d'envoi retentissant : pas de coca sans mousse, pas de légende sans scandale ! Mettons de côté un instant ces "quelques" années d'attente irritante, ces multiples dates de sortie repoussées et une ponctualité qui ferait pâlir Axl Rose d'embarras, et venons en au jour J.

My Bloody Valentine et Internet, c'est comme Charlie Brown et le football… c'est incompatible ! Le site internet officiel du groupe qui proposait l'album en téléchargement a complètement saturé jusqu'à désintégration, au point que les die-hard fans ont envoyé une pétition à Obama afin qu'il remédie à la situation. Problèmes techniques réparés, tous les journalistes rock de la planète -et potentiellement quelques autres personnes !- se sont mis à l'écoute. 

Dans l'ensemble, l'album est plus lumineux que son prédécesseur, si l'on s'en tient à l'esprit ambiant. Une vague positive se laisse porter au gré d'un flot de notes plus erratiques les unes que les autres, secret d'une composition que My Bloody Valentine s'évertue malicieusement à cultiver pour mieux leurrer et distancier les éventuels émules. Un sentiment confus de paix s'en dégage pour de suite nous engloutir dans davantage de secousses et de divagations sonores. Si ce n'est l'égarement que procure l'écoute de l'album -égarement que tous les amateurs de My Bloody Valentine recherchent à vrai dire-, ce tourbillon de raclements et grattages nous entraîne pourtant bien moins loin que les tressauts primaires du petit dernier de 1991. Il me semble que l'aboutissement de l'étude sonore de m b v ne peut trouver de refuge que dans les arcanes de ces quatre cerveaux éreintés, et particulièrement celui de Shields. Seule une paire d'électrodes bien placée pourrait éventuellement suivre l'évolution de ce dialogue entre sons et neurones. Ici la recette est cependant -ou heureusement pour certains- fondamentalement la même qu'il y a 22 ans. Une solide base de guitares perturbées camouflant une bonne trame de samples, un -gros- faible pour le vibrato qui atteint ici le faîte de cet édifice musicale, et une voix -à défaut d'inclure celle de Bilinda Butcher dont la voix s'évanouit au milieu de l'album pour ne plus refaire surface- enrouée de langueur. Les mots et la musique continuent leurs échangent mélodieux, prétexte à une cours mutuelle toujours plus fertile, attirant immanquablement la musique vers ce doux carnage. Pourtant cet épanouissement sonore n'arrive pas à ses fins… De toute évidence, le titre de l'album ne dupe en rien sur les intentions musicales du groupe qui voulait que cet opus soit un reflet sincère de leur labeur. De ce fait, le tout est bien fidèle à la patte intrigante que My Bloody Valentine véhicule depuis ses débuts, or on peut regretter l'absence de ce je-ne-sais-quoi qui électrise. Bien que les compositions soient équilibrées, elles se meurent noyées dans un sédatif trop puissant.

La musique de My Bloody Valentine m'est toujours apparue comme un organisme fragile, une sorte de papillon qui s'immobilise avant l'agonie si on lui retire la poudre qui couvre ses ailes. Ce papillon-ci n'est pas une merveille, juste un joli papillon d'hiver dont la métamorphose a pris trop de temps pour si peu de couleurs.

1167 vuesPar Dria

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