Dossier Escape The Fate ne s'échappe plus !

21 Mai 2013
Escape The Fate ne s'échappe plus !

Ungrateful, voilà un nom plutôt étrange choisi par Escape The Fate pour leur nouvel opus studio. Le groupe nous revient après un album éponyme intéressant mais qui se reposait, tout du moins à mon goût, trop sur les acquis de membres encore jeunes et ayant le potentiel d’aller plus loin. Je me rappelle que les critiques de l’époque, très virulentes à l’égard du groupe que certains considéraient comme « perdus ». Heureusement, toutes n’étaient pas aussi délirantes et reconnaissaient en Escape The Fate un désir de renouvellement, en effet, on retrouvait bien moins de titres « screamo », la patte Hardcore, toujours présente, semblait être devenue plus personnelle, plus sujette à une certaine émotion, rendant la musique des Américains certes plus profonde, mais qui n’allait pas au bout des choses. Il fallait aller encore plus loin, et Ungrateful semblait être destiné à suivre cette voie. Nous retrouvons Craig Mabbitt, chanteur du groupe, afin de discuter de tout ça et plus particulièrement de nos ressentis sur les chansons de ce nouvel opus.

Escape The Hate

« Je pense que c’était le bon moment pour partir vers quelque chose de plus mature, de plus grand. C’est un pas de plus vers une nouvelle et bonne direction. Plus nous vieillissons, plus notre musique grandira avec nous. Voir cette progression et la vivre est vraiment quelque chose de cool. »  C’est par ses mots, que le chanteur commence à nous décrire Ungrateful, un album plus mature, venant d’un groupe qui se bonifie avec le temps, tel le bon vin. On ne peut pas lui donner tort à l’écoute du premier titre éponyme, débordant d’énergie, renouant avec ce que le groupe sait faire de mieux, du hardcore qui tâche et qui se veut agressif à souhait. On sent pertinemment que le groupe tient à durcir le propos, il suffit d’écouter cette rapidité inhumaine dans les riffs de guitare ou ces couplets hurlés par un Craig qui semble vouloir se soulager d’un poids. Le chant du bougre est d’ailleurs plutôt intéressant sur cette nouvelle galette, puisque le monsieur alterne chant clair et chant hurlé avec précision et tranchant. Malheureusement, on déplorera ce côté un peu nasillard qui émerge de ses parties de chant clair, qui risquent d’en rebuter plus d’un à l’écoute de l’album, mais qui n’empêcheront pas de noter cette patte plus mélancolique et remplie d’émotion que le groupe tente tant bien que mal d’intégrer à sa musique. Le tout se veut, comme je le disais précédemment, bien plus personnel. Pourtant, il n’a pas été si facile pour le groupe de se diriger vers des compositions qui leur parlait véritablement comme nous l’explique Craig : « J’ai eu l’impression  que la réalisation de cet album durerait à tout jamais. Les premières chansons sur lesquelles nous avons bossé ne nous plaisaient pas toutes bien qu’elles plaisaient à notre producteur. Donc, dès que cette première phrase fut terminée, nous sommes partis en studio par nous-mêmes et avons commencé à bosser sur de nouvelles compositions qui reflétaient vraiment ce que nous voulions faire. »

On sent très bien à la façon dont le chanteur prononce cette phrase qu’il compare cette phase à un combat entre leurs idées et celles du producteur. Cette sensation de lutte pour imposer leur musique, leur style et leurs choix se ressent d’ailleurs dans l’album, que ce soit dans ce riff très hard-rock servi par le morceau You’re Insane, la puissance contenue générée par le titre Risk It All ou encore le violent mais à la fois aérien Until We Die. « Comme tu dis, nous semblons nous diriger vers de nouveaux horizons musicaux tout en gardant ce qui a su nous faire connaître. Je ne veux pas que nous laissions les fans de la première heure sur le bord de la route. » Until We Die en est le parfait exemple, digne porteur de la patte plus profonde servie par le groupe mais aussi du visage qu’arboraient ces derniers à leurs débuts, cette patte sauvage, presque incontrôlable et il faut le dire, bien plaisante. 

Mais dans ce cas-là, on se questionne sur la démarche du groupe de nommer ce nouvel opus Ungrateful (ndlr : Ingrat, en français), on se doute bien que ce titre n’a bien sur aucun rapport quant aux relations qu’entretient le groupe avec ses fans, faut pas déconner non plus. Nous finissons par questionner Craig sur la raison d’être de ce titre, surprenant : « La raison derrière ce titre est très simple, je pense tout simplement que la plupart des gens perdent de vue quelque chose à un moment de leur vie et s’énervent un peu plus de cette situation au fur et à mesure que le temps passe, le fait de vouloir quelque chose qu’ils n’ont pas les tracassent. Tu dois arrêter de te préoccuper de tes actes et être reconnaissant d’avoir les choses que tu as. C’est un peu une métaphore de l’état d’esprit que nous avons au sein du groupe, il y a souvent eu des moments difficiles ou nos émotions étaient en perpétuel changement. Nous avons su rester humbles et s’estimer heureux d’avoir ce que nous avons. Ce qui n’est justement pas le cas de tout le monde, certaines personnes ne sont jamais contentes et veulent toujours plus. Il faut faire preuve d’ambition, mais à un juste niveau, il ne faut pas se perdre.»  On peut penser ce qu’on veut de la musique des Américains, le fait est qu’il semble que ces petits gars (ndlr : qui sont plus vieux que moi, hmmm) en aient plus dans le ciboulot que tout ce que pourra vous dire tout détracteur d’emocore. Cet état de fait est appuyé par la démarche artistique que nous sert Escape The Fate. Vous commencez à nous connaître sur Louder! et vous savez probablement que nous nous intéressons toujours plus à ce qu’un groupe peut raconter sur une chanson qu’a la chanson d’un point de vue purement musical. On ne peut que reconnaître le talent et l’imagination de Craig lorsque nous lui demandons sous quel angle il traite l’addiction à la drogue dans la chanson Chemical Love : « Chemical Love parle d’addiction, certes, mais pas vraiment à la drogue, c’est plus une addiction à l’amour tout simplement. Quand tu es avec quelqu’un, tu te demandes constamment si vous êtes faits l’un pour l’autre etc… et très vite, ça te bouffe et tu deviens plus addict au corps, au sexe, qu’addict au cœur. Cette envie de sexe constante peut être assimilée à une addiction à la drogue, car comme lors d’une addiction à la drogue, tu oublies ce qui t’entoure pour te focaliser sur une chose. Quand tu deviens addict au corps et que tu oublies ce que quelqu’un peut t’apporter en tant que personne, c’est qu’il y a un problème et que tu t’es perdu en chemin. Ce genre de relations est terrible et je pense que ça peut faire plus de mal qu’on le suppose. »

Cependant, hors de question de se limiter à un seul sujet, Escape The Fate n’est pas le genre à vous pondre un concept album tournant autour de la même idée, Craig le répètera plusieurs fois durant l’interview : « Je ne veux pas que mes albums ne parlent que d’un sujet en particulier. » Et c’est chose faite. Je vous parlais plus tôt dans ce dossier de la dimension très personnelle de cet album. Si je devais choisir un digne représentant à cette affirmation, il va de soi que je me dirigerais sans hésiter vers Picture Perfect, qui sous ses airs de simple ballade offrant une ode à l’amour, recèle une histoire bien plus triste et sombre qu’il laisse paraître : « Picture Perfect traite de la perte qu’a vécu Monte, son meilleur ami est malheureusement décédé dans un accident de moto. Il avait grandi avec mec, ils jouaient de la guitare ensemble, ils avaient fondé leur premier groupe tous les deux. Puis un jour, Monte reçoit son coup de fil lui annonçant le décès de son pote. Ça a été très dur pour lui. Il a décidé d’écrire une chanson pour lui, certes, on pourrait croire qu’on fait face à une balade lorsqu’on l’écoute, mais c’est plus profond que ça, cette personne occupait une place importante dans la vie de Monte. Quand nous perdons quelqu’un, c’est très difficile de se détacher des relations qu’on a pu avoir avec elle, tu penses à cette personne comme si c’était hier et tu arrives à dessiner son visage avec perfection dans ton esprit. C’est quelque chose de très important, qui aide à faire avancer le deuil en quelque sorte. Voilà de quoi traite cette chanson. » Cette dimension très personnelle que je ressasse sans cesse prend ici tout son sens et je n’arrêterais pas de le répéter, mais offre un tout autre visage à la musique d’Escape The Fate, plus mature, plus profond. Je pense véritablement que ce n’est qu’en s’appuyant sur des faits réels qu’on peut saisir toute la puissance que la musique peut offrir. Le but premier de cette dernière n’est-il pas de faire ressentir une émotion, de susciter un intérêt autre qu’une folie furieuse déclenchée par un riff ? J’aime à penser que si et c’est ce que les Américains tendent à offrir ici : « Nous voulions surprendre les gens comme nous l’avions fait avec nos premiers morceaux. Nous voulions qu’ils se disent à l’écoute du premier morceau de l’album : « C’est quoi ces soli de dingues ? Cette énergie ! Qu’est-ce qui m’arrive ?! » Si les gens s’interrogent c’est encore mieux ! Nous nous livrons vraiment avec cet opus. Il faut dire que nous n’étions plus sur le devant de la scène depuis pas mal de temps, mais nous existons toujours et cet album est un moyen de faire une sérieuse piqûre de rappel et dire que nous n’en avons pas fini d’en découdre. »

Mais rassurez-vous, depuis sa signature avec Eleven Seven Music, il semble que les bonhommes soient plus heureux et motivés que jamais, sûrement le fruit récolté par cette débauche de moyens offerte par une telle signature: « J’espère que notre signature avec Eleven Seven Music va nous donner un bon coup de pied au cul et nous aider à franchir un pas. C’est grâce à eux que je suis aujourd’hui dans un hôtel pour faire de la promo autour du nouvel album d’Escape The Fate, ça n’aurait pas été possible avant, ils croient en nous, en nos choix et ont les moyens de nous faire briller comme il faut. » Le premier résultat de cette collaboration étant ce qu'il est, on se demande si le groupe saura aller encore ploin à l'avenir, et bien sur, Craig tient à nous rassurer tout de suite: « Je pense véritablement que nous ne sommes pas allés au bout de nos limites avec Ungrateful et qu’on saura j’en suis sûr, se montrer sous un jour encore plus sauvage et puissant. Je veux que nous devenions encore plus mature musicalement, et nous ferons tout pour ! » 

Escape The Fate semble véritablement avoir pris confiance et a décidé de botter le cul énergiquement et avec émotion à tous ceux qui viendront approcher ce surprenant album qu’est Ungrateful. Malgré quelques répétitions, quelques moments surfaits ou sans saveurs, le groupe arrive à livrer un album sincère et presque bouleversant sous certains aspects. On ne peut qu’applaudir des deux mains et espérer que les gars confirment l’essai en live de la plus belle des manières. Alternant efficacement la puissance qui les a fait connaître avec des mélodies plus raffinées et fortes en émotions, Ungrateful, pour peu que vous sachiez vous ouvrir à tout, saura vous chambouler dans tous les sens du terme.

2763 vuesPar Jimmy Jetsam

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Escape The Fate

Escape The Fate

Escape the Fate est un groupe de post-hardcore américain originaire de Las Vegas.

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