Interview Entretien avec Tobias Sammet (EDGUY)

30 Avril 2014
Entretien avec Tobias Sammet (EDGUY)

"Et il court le Sammet..." OK, j'avoue que cette première phrase n'est pas des plus intéressantes, mais il faut quand même reconnaître que c'est loin d'être faux. Le mec ne s'arrête plus ! Après Avantasia l'an dernier, le père Tobias récidive cette année avec un nouvel opus d'Edguy. Après le décevant Age Of The Joker sorti en 2011, ce Space Police - Defenders Of The Crown est un peu attendu avec impatience par les fans, qui espèrent que le groupe remontera un peu la pente. L'occasion de discuter avec Tobias de l'identité de ce nouvel album étant arrivée, j'espère que ce dernier saura vous convaincre d'écouter ce que le groupe a à dire. 

Après l'album The Mystery Of Time l'an dernier (AVANTASIA), tu es de retour avec EDGUY, pour un nouvel album appelé « Space Police – Defenders Of The Crown », tu comptes prendre du repos un jour  (rires) ?

Pourquoi j'en prendrais ?! Très franchement, j'ai pris assez de temps pour moi entre ces deux albums. Tu sais, j'ai beaucoup de mal à me sentir investi par quelque chose lorsque je ne bosse pas. J'adore ça, je n'y peux rien ! J'ai la chance de pouvoir faire ce que j'aime, donc je fonce. C'est un don qui m'a été donné de pouvoir faire de la musique de cette manière, et je veux en tirer le maximum. C'est vrai que dès fois, je décide de prendre une journée pour moi, sans vraiment penser à la musique, mais qu'est-ce que je peux me sentir mal à l'aise quant à l'idée de ne rien produire. La plupart du temps, je reste vautré sur mon canapé, ou je suis dans le jardin à faire je-ne-sais-quoi. J'aime faire de la musique, je me sens vraiment bien quand je compose, donc pourquoi prendre le temps de faire autre chose ? Pourquoi me forcer à m'arrêter pour faire quelque chose qui ne me procurerait aucune satisfaction personnelle ? Ça n'aurait aucun intérêt.

« Space Police – Defenders Of The Crown » est une association du nom de la seconde et de la troisième piste de l'album. C'est plutôt étonnant comme choix !

Au début, nous voulions que l'album se nomme simplement « Defenders Of The Crown », mais après mûre réflexion et une écoute approfondie de notre travail, nous nous sommes mis à penser que « Space Police » serait peut-être un meilleur titre, plus représentatif. Bref, je crois que nous étions un peu perdus. Au fur et à mesure, nous avons commencé à associer les deux titres, bien qu'ils n'aient rien à voir, et on s'est questionnés sur la possibilité d'appeler définitivement l'album « Space Police – Defenders Of The Crown ». Comme tu peux le voir aujourd'hui, c'est ce que nouds avons fait. Ça sonne un peu comme un vieux dessin-animé ou une vieille série des années 80 : « SPAAAACE POLICE ! DEFENDEEEEERS OF THE CROOOOWN ! » (rires). Plus sérieusement, même si ce titre a un aspect très conceptuel, il ne faut pas imaginer que ce nouveau EDGUY est un concept-album. C'est juste un titre, et il est super cool. Tu as deux titres pour le prix d'un ! De quoi tu te plains ? (rires)

Penses-tu que « Age Of The Joker » et « Space Police – Defenders Of The Crown » partagent quelque chose en dehors du fait d'être des albums d'EDGUY ?

Age Of The Joker était un album très spécial pour nous, il était synonyme de retour aux sources, de retour à des sonorités plus organiques. On essayait vraiment de sonner comme nos héros. C'était un album très basique, avec un son et une identité très axée seventies. On ne voulait pas que cet album soit trop produit, il fallait qu'il garde un certain côté « humain » si je peux me permettre ce terme. Il fallait qu'il soit très instinctif, comme l'étaient « Holy Diver » et « Last In Line » du regretté DIO. Pour Space Police, nous avons dû travailler sur une période très courte, ce qui a fait que nous n'avons pas vraiment réfléchi à lui offrir une identité spécifique et modelée, comme ça avait pu être le cas avec Age Of The Joker. Pour tout te dire, nous n'avons même pas pensé à faire quelque chose de différent, ou d'inattendu. Nous avons juste fait un album, sans penser à quoique ce soit. C'est d'ailleurs l'une des grandes forces de Space Police à mon avis, ça lui donne ce côté un peu innocent et spontané, basé sur l'instinct, complètement différent de l'état d'esprit d'Age Of The Joker. Pour le moment, la plupart des journalistes que nous rencontrons nous parlent de « retour aux sources », ou encore d'un EDGUY plus vif et spontané que sur Age Of The Joker. Je ne sais pas si c'est vraiment le cas d'un point de vue artistique, mais d'un point de vue purement axé sur le travail, c'est évident que nous avons retrouvé quelque chose qui date de la grande époque, peut-être.

Il est quand même difficile de parler de retour aux sources quand on entend une chanson comme « Love Tyger » dotée d'une inspiration clairement portée sur KISS et autres groupes heavy / hard-rock / glam.

Love Tyger est une chanson assez surprenante alors qu'elle n'apparaît pas forcément comme telle. Tu le dis toi-même, c'est entre KISS et le Heavy-Metal. Je ne sais pas vraiment si il est juste de parler de glam, car ce n'est pas du vraiment du glam, et ce n'est pas non plus vraiment du speed-metal (ndlr : Clairvoyance quand tu nous tiens). C'est du bon heavy-metal qui s'inspire de KISS comme tu l'as dit, c'est une version heavy de « Lick It Up » ou d'un titre de VAN HALEN.  C'est un hommage au divertissement, comme EDGUY a toujours su le faire, mais le visage de la chanson est peut-être un peu différent car nous jouons une carte peut-être plus spontanée encore une fois. Je suis convaincu qu'en live, ce titre risque de faire son petit effet.

Avez-vous prévu d'emmener les chats qu'on peut entendre au début de la chanson sur scène également ?

(sur un ton très sérieux) Oui, ils seront là. Sur la piste studio, le chat que tu peux entendre aurait dû être celui de notre bassiste. On lui a dit de l'emmener afin qu'on puisse l'enregistrer en train de ronroner. Seul problème : il habite à plus d'une demie-heure de route du studio, et le chat est malade en voiture. Il aurait vomi ou serait mort d'une crise cardiaque sur le chemin, donc ce n'était pas la peine. On s'est donc procurés un CD ne contenant que des chats en train de miauler ou de ronronner, et ainsi, le chat était sauvé. (rires)

L'album propose également une chanson intitulée « The Realms Of Baba Yaga » qui traite, bien évidemment, de la légende de la sorcière Baba Yaga, dévoreuse d'enfants. C'est une légende très célèbre dans les pays Slaves. Etait-ce une légende que toi-même tu connaissais et craignait quand tu étais enfant ?

J'ai toujours été friand des histoires de sorcières, de fantômes et de démons. Cette chanson quant à elle, m'a été inspirée par ces films que tu peux voir à la télé juste avant la période de Noël et qui ne traite que de légendes similaires à celle de Baba Yaga, ou qui traitent carrément de Baba Yaga. Un film en particulier a été une véritable source d'inspiration, il date des années soixante-dix et s'appelle, je crois, « Ivan and The Magic Forest ». C'est un film russe. Il est tout le temps diffusé à la période de noel, et à chaque fois, je ne peux m'empêcher de le trouver enchanteur et touchant. Et, j'ai donc décidé d'écrire une chanson en prenant ce film comme base. Cependant, pour être tout-à-fait honnête avec toi, l'histoire racontée par ce titre n'est clairement pas axée sur la légende de la sorcière, c'est plus une métaphore, j'utilise cette légende pour parler de la tentation, de la beauté de la tentation, qui est un danger en soi, mais un danger attirant. Dans la chanson, je parle de cet homme qui marche dans la fôret et qui s'obstine à vouloir atteindre le cœur de la fôret tout en sachant que c'est à cet endroit précis qu'il trouvera tous les dangers. C'est la tentation qui le force à agir de cette manière, il fonce vers le danger. La tentation est toujours plus forte que la raison de nos jours, beaucoup de gens avancent en prenant appui sur une tentation qui oublie totalement de s'appuyer sur la raison. Nous savons que nous faisons des choses qui ne sont pas bonnes pour nous, et pourtant, on continue à vouloir le faire. C'est étrange non ? C'est un aspect de l'être humain à la fois négatif et positif. Négatif car mauvais, mais positif car cela prouve aussi que l'Homme peut outrepasser ses peurs pour avancer, même si ce n'est pas pour les bonnes raisons. C'est pour cela que la chanson est présentée sous la forme d'un heavy-metal très anthémique, car ce n'est pas en partant sur un délire plus capilotracté et sombre que je donnerais plus de sens à mon propos. Tandis qu'en prenant le problème à rebrousse-poils, j'offre un accès plus simple à mon message.

Tu soulignes un point que je voulais aborder avec toi, à savoir les titres choisis pour les chansons. Ces derniers ne semblent pas forcément être représentatifs de la chanson en elle-même, comme tu viens de l'expliquer avec The Realms Of Baba Yaga. C'est un peu la même chose avec « Do Me Like A Caveman », le titre prête plutôt à sourire, quand la chanson se pose comme étant beaucoup plus sérieuse.

Oui, comme tu le dis, le titre en lui-même est une phrase un peu humoristique, au ton assez léger. La chanson est en effet un peu plus sérieuse, j'y parle de l'état physique et mental après un concert éreintant, et plus particulièrement, de ce qu'il se passe quand tu es à peine descendu de scène. Tu arrives à l'hôtel, et ton seul but c'est d'arriver à te reposer assez longuement pour être sûr d'être en forme le lendemain, pour assurer leur grande bataille qui t'attend. Pour arriver à ça, tu dois te remettre des émotions du concert qui vient juste de se terminer, tu dois outrepasser ton état de fatigue, qui est assez élevé pour te faire tourner la tête. Mais, il faut que tu deales aussi avec tes voisins de chambre qui eux n'ont peut-être pas envie de dormir, et mettent un peu le boxon quand toi tu es éreinté et ne veux qu'une chose : dormir.

Donc en gros, tu expliques aux gens comment dormir après un concert ? C'est... intéressant.

Il y a eu plus d'une fois, je voulais juste dormir, me remettre de mes émotions, et retrouver des forces, mais je ne pouvais pas ! Car, les gens dans la chambre d'à côté faisaient des bruits bizarres, sûrement liés à la pratique d'une activité sûrement très plaisante. Mais, ils ne pensent pas forcément à ceux qui sont dans la chambre voisine.

D'accord... Parlons plutôt de la reprise « Rock Me Amadeus » que vous avez piquée à l'artiste autrichien FALCO. Comment vous est venue l'idée de bosser sur cette reprise ?

J'étais très fan de FALCO quand j'étais plus jeune, et j'étais persuadé que ce serait véritablement génial d'arriver à reprendre cette chanson. FALCO était vraiment une de mes idoles, quand je l'ai vu en live à la TV allemande dans les années quatre-vingt, je savais déjà qu'un jour, je reprendrais un de ses titres. Au début, ce n'est pas Rock Me Amadeus qui devait être notre base de travail, mais Sascha, le producteur, nous a vite fait comprendre que cette dernière serait parfaite pour le style EDGUY, car elle avait un côté déjà très énergique, assumé, anthémique, arrogant et mégalomaniaque (ndlr : tiens donc !). 

Avez-vous rencontré certaines difficultés à poser le style EDGUY sur cette reprise ?

C'était assez difficile oui, probablement la reprise la moins délicate à adapter nous concernant. On voulait garder l'esprit original du titre, tout en faisant une chanson d'EDGUY. Il ne fallait pas en faire trop, il fallait changer certaines choses certes, mais pas tout, il fallait faire ça avec minutie. C'est une chanson difficile, rien qu'au niveau du phrasé du chant, il a fallu que je bosse comme un taré pour arriver à m'approprier le tout. Non vraiment, on en a bavé.

« Alone In Myself » est une chanson intéressante, avec, je trouve, un feeling très seventies.

Je ne sais pas si dire qu'il y a un feeling « seventies » est juste, c'est clair qu'il y a une inspiration très Springsteen, mais je ne crois pas qu'on doive résumer ça aux seventies. Je dirais que la chanson est... (il marque une pause) Bon, je vais être honnête avec toi, je n'ai pas la moindre idée de ce que nous avons fait, et en tant que compositeur, je suis incapable de véritablement poser une identité sur ce morceau. On est juste allés en studio, et on a joué, ça a donné ce que tu peux entendre aujourd'hui. Ce n'est pas un morceau prévisible, tout comme je pense qu'EDGUY n'est pas un groupe prévisible de manière générale. On voulait sonner de cette manière sûrement, mais je n'irais pas jusqu'à parler d'une influence assumée d'un certain style seventies.

Qui est le « Wayfarer » (voyageur) dont tu parles dans la dernière chanson de l'album ?

C'est moi (rires) ! The Eternal Wayfarer est une chanson très spirituelle qui traite de l'immortalité de l'âme. C'est toi, c'est moi, c'est tout le monde. Pour des raisons que je ne dévelloperais pas aujourd'hui, je fais partie de ceux qui croient que l'âme est en effet immortelle et qu'elle survit à la mort du corps. Je crois en la réacarnation, et au fait qu'on puisse mener une même existence mais dans différents corps. Je dis que « je crois », mais je ne sais pas si c'est totalement vrai, par moment je me dis que j'aimerais y croire, j'aime penser que j'y  crois. Mais c'est un concept qui dépasse totalement l'humain donc... Tu sais, dans les bons jours, je suis sûr à 100% que ce en quoi je crois est réel, et vrai. Dans les mauvais jours par contre, plus rien ne semble avoir de sens. C'est pourquoi cette chanson est très importante pour moi, peut-être que je la vois comme une introspection. Je ne sais pas. C'est très spirituel, et ça n'a rien à voir avec moi, ce que je fais dans la vie, ou mon corps physique, ça va vraiment plus loin.

Une tournée arrive bientôt, tu en attends quoi ?

Tu sais, en 2012, nous ouvrions pour DEEP PURPLE, et depuis cette tournée, nous n'avons jamais rejoué un show d'EDGUY en tant que tête d'affiche. Et c'est quelque chose qui me manque terriblement. Je veux qu'on retrouve nos concerts, je veux qu'on retrouve TOUT notre matos avec nous sur scène, je veux qu'on retrouve nos fans et tout ce qu'ils peuvent nous donner. Vraiment, j'ai rarement été si impatient de repartir en tournée. Ça va être top, Lyon et Paris vous aurez intérets à être chauds (rires) !

L'an dernier, alors que nous parlions d'AVANTASIA et de The Mystery Of Time, tu me disais que la seconde partie de cette histoire était presque totalement écrite. Où en es-tu aujourd'hui ?

Je n'ai pas vraiment avancé. Pour tout te dire, après avoir achevé tout ce qui me liait à AVANTASIA, à savoir la tournée, je suis tout de suite retourné bosser avec EDGUY, donc je n'ai jamais vraiment eu le temps de m'y remettre, et très franchement, je ne crois pas que je retoucherais à quelque chose en rapport avec un nouvel album d'AVANTASIA avant un an, si ce n'est deux. Une chose à la fois, je vais apprécier à fond mes moments avec EDGUY et avec les fans, et après je me remettrais au boulot sur AVANTASIA.

2629 vuesPar Jimmy Jetsam

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Edguy est un groupe de power metal formé en Allemagne, en 1992 à Fulda dans la Hesse.

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