Interview Entretien avec Shawter (Dagoba)

29 Juillet 2013
Entretien avec Shawter (Dagoba)

Après un album nommé Podesidon, sympathique, mais un peu en dessous de ses grands frères. Dagoba se devait de prouver qu'il n'avait pas perdu la main, et grâce à ses membres et à un Post Mortem Nihil Est de haute volée, il semblerait bien que le défi soit relevé haut la main. Le tout se veut plus mature, plus puissant et plus inspiré que jamais. La faute à un groupe qui en veut et à su s'offrir les services d'un Logan Mader aussi impliqué que les mecs de Marseille eux-mêmes. Il fallait bien qu'on en touche deux mots avec Shawter, chanteur du combo, qui est a accepté de nous expliquer deux-trois choses autour de ce nouvel album disponible depuis fin-Mai. Chaussez vos oeils, je vous offre Dagoba

"Us, Dagoba"

Les Etats-Unis ne te manquent pas trop ?

Je suis Marseillais dans le cœur et dans l’esprit, j’adore ma ville. Alors même si je dois avouer que les Etats-Unis c’est plutôt pas mal, je suis bien content d’être rentré.

Es-tu content des premiers retours autour de votre nouvel album, Post Mortem Nihil Est ?

Et bien écoute, oui. Tout est extrêmement positif, plus que d’habitude à vrai dire, les retours n’avaient jamais été aussi unanimes par le passé. Je dois avouer que ça fait très chaud au cœur et nous sommes heureux de tout cela.

Comment avais-tu attaqué la composition de l’album et surtout, dans quel état d’esprit ? J’ai cru lire que ça faisait pas mal de temps, presque un an et demi non ?

Je me suis lancé dans la composition de l’album sur une période de dix jours en septembre 2011, ça fait donc un petit plus que ça. L’état d’esprit que j’avais sur le moment était assez simple : proposer à mon groupe le meilleur album possible, comme à chaque fois. Par contre, je n’avais pas envie de dispatcher les compositions sur une année, je ne voulais pas travailler sur deux chansons tel mois et m’y remettre quelques temps après. Je voulais vraiment me concentrer uniquement sur la composition durant une période donnée, m’enfermer dans mon studio et en sortir dix jours après avec un album fini et en espérant que le groupe l’apprécie. Si ça n’avait pas été le cas, je serais retourné m’enfermer jusqu’à leur proposer quelque chose qui leur convienne, c’est évident. Mais j’ai eu la chance de convaincre la majorité avec le premier jet et aujourd’hui, cette majorité a enregistré cet album et je pense vraiment qu’on peut être fiers de nous, car comme je te le disais, les retours sont très positifs.

Nous notons aussi l’arrivée de Z, le nouveau guitariste de Dagoba. Malgré son arrivée qui s’est faite après le processus de composition, qu’a-t-il apporté à l’album ?

Tout ce qui fait la différence ! Que ce soit au niveau du gros, de son touché de guitare, le feeling etc… Mais ce qui est vraiment cool avec  Z, c’est que ça ne le fait pas chier de jouer avec moi, il faut dire qu’on s’est vite rendus compte qu’il y avait vraiment une certaine cohésion entre lui et moi. Après, ce n’était pas forcément une surprise non plus sachant qu’on se connait depuis 15 ans lui et moi. Des soirées où l’on jouait de la guitare tous les deux, il a dû y en avoir des dizaines, voire des centaines avant qu’il n’arrive dans Dagoba. Venir dans le groupe le tentait bien, car il voulait retrouver cette complémentarité sur l’album. C’est dans cet optique que pour la première fois, j’ai eu l’occasion doubler toutes les parties guitares et je dois avouer que ça offre à notre musique un mur beaucoup plus solide. De plus, j’ai enfin quelqu’un à mes côtés, qui comprend que pour le bien du groupe il faut parfois savoir faire des concessions. Concessions qui n’en sont plus vraiment à vrai dire, puisque je pense qu’il faudrait plutôt parler de force et cette force, que ce soit humainement ou musicalement, c’est quelque chose que l’on ressent sur cet album et que je cherchais depuis très longtemps. Je pense que Dagoba est content de sa venue pour cet apport justement.

De plus, on peut imaginer que son apport sera plus important dans le futur non ?

Certes, mais tu sais, ça vaut pour tous les membres du groupe. On est tous ouverts au maximum de riffs. Si demain tu me proposes de ne plus rien écrire parce que un autre a composé un nouvel opus de Dagoba qui fera fureur, ben je serais le plus content de cette situation, ce serait un peu les vacances pour moi, plus de stress quant au niveau de la composition, et si ça doit être le rôle de Z, je ne vais pas m’en plaindre, loin de là même.

Peux-tu nous donner des détails quant à ce que représente la pochette de l’album ? J’aurais tendance à y voir un petit hommage à Alien, mais je n’irais pas jusqu’à l’affirmer.

Et tu as bien raison ! Car nous ne sommes pas plus fans que ça de la franchise Alien. L’artiste qui a fait cette pochette n’est nul autre que Seth, le chanteur de Septic Flesh. Son but avec cette pochette était d’illustrer le côté figé de la mort, déjà marqué par le titre de l’album Post Mortem Nihil Est. Quelque chose qui ne bouge plus ou ne reviens pas après la mort. Cette figure figée est prostrée sur elle-même, qui attend que l’eau monte, baisse, stagne, ou ne fasse rien. C’est quelque chose d’assez figé, d’important et que nous voulions vraiment illustrer. Quelque chose qui n’évolue plus après la mort, qui ne revient pas.

On remarque aussi que Dagoba a une certaine tendance à proposer des morceaux assez sombres qui viennent à « s’illuminer » lors des refrains, c’est quelque chose qui est venu naturellement ou que vous vouliez vraiment faire ?

Nous voulions vraiment avoir ce résultat, comme toujours ! Je vois encore des gens s’étonner de cet aspect avec Post Mortem Nihil Est mais pourtant, on a toujours fait ça ! Depuis notre premier album ! C’est la touche Dagoba, on ne compte pas la perdre en chemin. On ne va pas se trahir, on respecte ce qu’on est et continuerons à composer la musique qu’on souhaite entendre, sans jamais faire attention à ce que les gens pourraient dire, que ce soit en bien ou en mal. Nous sommes heureux comme ça et je ne pense pas qu’on changera de cap à l’avenir, c’est trop important pour nous. Nous sommes libres d’un point de vue créatif.

Une chanson a particulièrement attiré mon attention, il s’agit de « Kiss Me, Kraken ». Peux-tu me conter l’histoire racontée par ce morceau ?

Je suis très attaché au monde marin, je suis apnéiste et chasseur sous-marin, donc tu te doutes bien que tout ce qui est lié à la mer me tient véritablement à cœur, que ce soit la survie des espèces marines etc… Comme cet album parle de la fin du monde vécue par une dizaine de personnes différentes, je voulais parler de ce que pouvait représenter la mort pour les marins des anciens temps et de cette entité qu’était le Kraken. Cette chanson décrit à la fois l’époque et la créature.

Cherches-tu a exprimer dans le morceau « Oblivion Is For The Living » que ce n’est que fasse à la mort qu’on se rend véritablement compte de ce qu’on est et de ce qu’est la vie ? Que c’est à ce moment-là qu’on ne peut plus se mentir à soi-même quant à notre existence et les choix qu’on a fait ?

Il y a sûrement un peu de ça en effet, mais je cherchais surtout à exprimer qu’il n’y a rien après la mort et que même l’oubli devient une notion morte en quelque sorte. Après la mort, tu ne peux pas te permettre d’oublier les choses, vu que tu es… mort (rires). Ce n’est vraiment que durant ta vie que tu peux te permettre d’avoir cette capacité à oublier.

Tu parlais de ta passion pour le milieu marin, mais les animaux sont un thème récurrent au sein de Dagoba, juste à titre d’exemple, nous pouvons citer le titre « I, Reptile » présent sur ce dernier album.

Je voue une passion et une dévotion sans limite pour les animaux. Je suis contre pas mal de choses qu’on peut infliger aux bêtes, pour être tout à fait clair avec toi, j’ai, par exemple, un problème avec la domestication. Bien entendu, je respecte les gens qui ont des chiens, des chats, des chevaux mais personnellement, j’ai du mal à ne pas voir les animaux en liberté. Et si je suis chasseur sous-marin, c’est pour respecter un précepte qui me tient à cœur. Les ressources marines ne sont pas infinies, la source de protéine animale qu’on sort de la mer, la grande majorité ne provient même pas de l’élevage, c’est du poisson sauvage et pour moi c’est comme si on arrêtait l’élevage du bœuf, qu’on le laissait en liberté et qu’un jour on décidait de sortir le fusil pour tous les abattre. Il y aurait une levée de boucliers monstrueuse tu es bien d’accord ? On a protégé quasiment toutes les espèces et on fait de l’élevage bovin pour nous nourrir, très bien, par contre pour les poissons vu qu’ils sont sous la mer, on ne voit pas ce qui se passe, on continue de traiter les choses de manière industrielle et pour moi, manger du bon poisson signifie aller affronter la mer, qu’elle soit chaude ou froide, qu’il pleuve ou qu’il vente et de pêcher mon poisson. C’est une question de respect.

« I, Reptile » fait-t-elle référence d’une quelconque manière à ce que tu es en train de m’expliquer ?

Non, ce morceau traite du règne dinosaure qui se compare à celui de l’être humain, qui a quand même vécu, pour le moment, moins longtemps que les dinosaures en leur temps. On est en train de constater qu’en dix fois moins de temps, on arrive à s’autodétruire de manière plutôt spectaculaire. Pour eux, c’est un élément extérieur qui est entré en compte dans leur extinction, en tant qu’animaux innocents qui auront su vivre durant extrêmement longtemps ! Alors que nous, en tant que personnes conscientes, on occupe notre temps à nous détruire et à détruire la planète. « I, Reptile » est une comparaison qui dit simplement que nous, en tant que reptiles, nous aurons réussi à vivre bien plus longtemps, et que c’est sûrement grâce à l’innocence et au respect de la terre dont disposaient les dinosaures.

Tu as une vision quand même très pessimiste quant à l’avenir de l’être humain.

Oui, tout-à-fait. Je n’y crois pas une seconde.

Sinon, il est sympa Logan Mader (ndlr : ex-Machine Head, producteur de l’album) ?

Oui très sympathique même, j’ai été agréablement surpris ! Il faut dire que je l’avais déjà vu en concert avec Machine Head quand j’étais adolescent et que je ne l’avais jamais revu depuis. Sur scène, Logan était complètement fou et très charismatique, avec tous ses tatouages, ses cheveux longs, ses piercings etc… C’était vraiment la classe quoi ! Et en arrivant aux States, je suis tombé sur quelqu’un de très calme, avec une famille de cinq gamins, un humour très sain et je suis véritablement heureux de cette rencontre. Il est d’ailleurs passionné de pêche, ce qui a contribué à nous rapprocher très rapidement. De plus on peut dire qu’aujourd’hui on est tous les jours en contact, on s’envoie des messages, on se marre ensemble et on espère travailler sur un nouvel album très rapidement.

Je lisais le studio-report réalisé par Rock Hard sur vos péripéties musicales aux States avec Logan, et c’est vrai qu’on sent qu’une vraie amitié semble être née entre vous et lui.

La veille de mon départ, c’est lui qui m’a demandé si nous étions amis, et vu ce que je viens de te raconter, tu te doutes bien que je lui ai confirmé que oui !

Comment la décision de bosser avec lui a été prise ?

Comme pour chaque album à vrai dire ! Une fois qu’on a composé la musique, on prospecte chez tous les producteurs susceptibles de nous plaire, tâter le terrain, voir qui semble s’intéresser. Et à chaque fois, nous nous dirigeons vers celui qui montre la plus grande motivation à produire ce qu’on propose. Sur ce coup, c’est Logan Mader qui a fait tout ce qui était en son pouvoir pour pouvoir travailler avec nous, il a trouvé le créneau pour pouvoir travailler avec nous, a fait quelques efforts financiers et finalement, c’était le top pour nous. Comme tu le sais, ce n’était pas vraiment un secret, nous espérions véritablement pouvoir bosser avec lui un jour et c’était un rêve devenu réalité.

Et puis il faut dire qu’il vous a posé un son de fous-furieux sur cet album. « Vive la prod’ à l’américaine ! »

Vive la prod’ à l’américaine oui, mais vive aussi la manière dont on a pris les instruments à Marseille, car je pense qu’au final c’est surtout ça qui a joué. Logan nous avait d’ailleurs expliqué qu’on avait fait un sacré travail de prise de son. C’est un ensemble tu sais, si on avait fait des prises merdiques avant de le rejoindre, le tout n’aurait pas été aussi bon. Donc, vive aussi le bon air de Marseille ! Ce n’est pas parce qu’on est arrivés chez un gros producteur qu’on en ressortira avec un son de mammouth malheureusement, il fallait qu’on assure derrière. C’est une collaboration, ça implique un effort des deux côtés.

Vous venez de signer avec AGI et eOne Music, ce sont deux grosses structures. L’une faisant tourner rien de moins que Metallica. Peux-tu nous en dire plus quant à la manière dont tout ça est arrivé ?

C’est arrivé très rapidement, Verycords a envoyé l’album aux boites, et ils se sont montrés intéressés. C’est aussi simple que ça. On a connu absolument aucune embûche quant à monter le procédé de distribution et de promotion, et ce quel que soit le continent ! C’est vraiment une opportunité en or et nous en sommes très heureux. D’autres portes vont probablement s’ouvrir, et ça c’est une bonne nouvelle !

6279 vuesPar Jimmy Jetsam

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Dagoba est un groupe de Metal originaire de Marseille. 

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