Interview Entretien avec Oliver Sykes (Bring Me The Horizon)

22 Mai 2013
Entretien avec Oliver Sykes (Bring Me The Horizon)

Il y a des groupes comme ça, des groupes qui vous sortent par les yeux, des groupes pour lesquels vous ne comprenez pas tout l'engouement qui peut se faire autour d'eux, des groupes qui vous font marrer juste par l'image qu'ils dégagent. Il y a aussi des groupes qui ne vous parlent pas musicalement car nous n'adhérez pas au propos général, ou bien, parce que leur musique semble être un bordel sans nom sans aucune saveur. Je suis passé par à peu près toutes ces étapes avec Bring Me The Horizon. Par contre, je suis bien obligé d'avouer que les concernant, il y aura un après Sempiternal, titre de leur dernier album. Ces petits jeunes viennent de réussir l'impossible, me faire faire tourner un de leurs albums en boucle. Inspiré, riche et foutrement addictif. Sempiternal réunit sur un album tout ce qu'un grand groupe se doit de réunir. Je n'y croyais pas et je dois bien avouer que j'avais tort. Nous avons rencontrés Oliver Sykes, chanteur du combo qui nous livre des histoires contées sur cet album de manière très sincère et avec une certaine émotion. Tout à fait à l'image de l'album que Bring Me The Horizon vient de sortir. 

Oli-ternal

Salut Oliver, comment vas-tu ? Pas trop crevé par toute cette journée promotion sur Paris ?

Ça va ! Fatigué, mais je vais bien ! On peut y aller (sourire) !

Allons-y alors ! Sempiternal est votre premier album à sortir chez RCA Records, comment se passe cette nouvelle collaboration ?

Super ! C’est vraiment une opportunité de folie qui nous est tombée dessus. L’idée de bosser avec une grosse major a vraiment apporté un changement en termes de financements. Ils nous ont laissés travailler comme on l’entendait, avec plus de moyens qu’auparavant. RCA ne souhaitait pas nous signer pour diriger nos choix musicaux ou quoique ce soit, nous restons libres de ce point de vue. Ils nous aident à achever ce que nous avons en tête et ils le font très bien.

Jona (guitare) a quitté le groupe et vous avez recruté Jordan qui officie aux claviers. Peux-tu nous en dire plus sur ce qui s’est passé ?

Il n’y a pas grand-chose à dire tu sais, il en était arrivé à un point où il ne faisait plus rien pour le groupe, il ne composait plus, n’amenait plus d’idées etc… Il avait des opinions différentes, une vision différente, quant à ce que devait être Bring Me The Horizon. Il a donc fini par partir.

Vous avez pris votre temps pour sortir ce nouvel album, ce qui n’est pas une mauvaise chose.

Oui, je pense qu’après la tournée, il fallait qu’on prenne du repos, il faut dire que pendant presque six ans, nous n’avons pas arrêté. Tu accumules les problèmes, le stress, une certaine tension, et il faut évacuer tout ça. Nous avons tous eu des problèmes personnels, nous avions des choses à régler, des choses extérieures au groupe et à sa dynamique, BMTH allait bien. Il fallait juste qu’on prenne du repos, qu’on prenne notre temps pour bosser sur un album que nous voulions impérativement différent. Dans un sens, j’associe cette pause et notre retour à un redémarrage, il y avait quelques mises à jour à faire avant de pouvoir revenir pleinement dans la course.

L’album porte le nom de « Sempiternal », peux-tu nous en dire plus quant à ce qu’il signifie ?

C’est un vieux mot anglais qui signifie « éternel » dans le sens d’un éternel changement, qui ne finit jamais. L’album contient de nombreux thèmes, chaque chanson apporte un message différent mais le message principal est à propos de ces choses que tu traînes, que ce soit une maladie, une addiction, et dont tu n’arrives pas à te débarrasser. La seule chose que tu peux faire, c’est vivre avec ça car c’est éternel et tu ne peux pas le changer. Par contre, si tu arrives à l’accepter, tu peux commencer à apprendre à vivre avec et tu peux relever la tête. Ce n’est pas en ressassant constamment un problème qui ne peut pas être réglé qu’on peut tirer notre existence vers le haut, c’est en apprenant à vivre avec qu’on peut retrouver un semblant d’existence, c’est tout du moins ce que j’en pense. Le thème de Sempiternal est lié à ce que je vois de la vie en général et me permet de poursuivre un peu mon expérience personnelle, mes idées, de leur donner forme.

Donc, tes problèmes personnels se retrouvent tous sur cet album ?

Oui, tous. Tout est personnel dans les thèmes présentés. Je fais écho aux choses que je vois ou qui peuvent m’arriver, si elles m’affectent ou non.

Le premier single a été présenté comme étant Shadow Moses. C’était une évidence pour vous que ce titre devait occuper la place de single ?

Pour être tout à fait honnête avec toi, ce n’est pas l’idée que nous avions à la base pour le premier single. Ce titre devait être la première chose que les gens devaient entendre, c’était une évidence. Par contre, il n’était pas prévu qu’il occupe la place de single. Elle aurait été parfaite à nos yeux pour une opération téléchargement gratuit ou je ne sais quoi. Le fait est que Shadow Moses ressemble énormément à notre précédent album et permet de faire la jonction entre ce dernier et Sempiternal. Nous pensions également que garder un titre de ce genre pour les concerts était une excellente idée, afin de continuer dans cette idée de jonction. Mais au final, il est devenu le premier single. Tout le monde n’arrêtait pas de nous répéter qu’il serait parfait pour représenter l’album, qu’on devrait en faire un clip. Ça a fini par arriver, puisque tout le monde trouvait qu’il représentait à merveille Sempiternal.

Vous avez utilisé une pochette spéciale et relativement étrange pour présenter ce single. Peux-tu nous dire ce qu’elle signifie ?

Tout d’abord, je tiens à préciser que nous avons créé un artwork spécifique à toutes les chansons, ces artworks seront visibles dans le livret (ndlr : l’interview a été réalisée il y a deux mois). Nous voulions vraiment donner une interprétation artistique aux morceaux qui seraient présents dans l’album. Il y a un côté presque surréaliste dans la musique, dans les paroles, les histoires racontées par chacun des titres utilisent énormément de métaphores, elles disent quelque chose en utilisant des mots différents. C’est vraiment dur d’essayer d’expliquer ce que représentent ces dessins servant à imager les morceaux. Ils ressemblent à s’y méprendre à ses tâches d’encres qu’utilisent les psys en te demandant ce que tu y vois. La démarche est d’ailleurs un peu liée à ça, puisque ces illustrations doivent permettre à l’auditeur de se dire : « Qu’est-ce que cette chanson me fait ressentir ? ». C’est pour ça que c’est vraiment dur de te donner un sens précis, puisque c’est à l’interprétation de chacun.

And The Snakes Start To Sing doit être la chanson la plus personnelle de l’album, il s’en dégage une certaine mélancolie.

Oui, comme tu l’as dit, c’est probablement la chanson la plus personnelle de l’album. Et avec tout le respect que je dois à mes textes, pour le coup, c’est surtout des phrases que j’ai entendues qui sont assemblées. Elles n’ont aucun sens quand elles sont lues puisque ce sont des phrases piochées par-ci par-là et qui m’ont été dites. Le thème général traite d’un fait assez simple. Quand une personne est triste ou misérable, qu’elle a besoin d’aide, d’autres utilisent ça comme un avantage. Il y a des gens qui lorsqu’ils voient que quelqu’un ne va pas bien mais ne vont pas chercher à l’aider, ils vont plutôt tout faire pour voir comment ils peuvent profiter de la situation. Le pire, c’est que ce sont souvent des gens puissants, qui ont de l’argent qui font ce genre de choses. Ils apparaissent devant toi, ils semblent vouloir t’aider, mais au final, ils s’aident eux-mêmes. Ça me débecte, c’est pour ça que j’ai voulu écrire cette chanson, dénoncer ce genre de sales personnes. Certains de mes proches ont été impliqués dans une situation similaire récemment, que ce soit ma famille ou mes amis, voir moi.

Et en règle générale, que ce soit musicalement ou au niveau des thèmes abordés, nous sommes quand même face à un album plus mature.

Oui, définitivement. Je pense que je voulais faire le ménage du côté de ma vie, il faut dire que je me suis retrouvé dans certaines situations vraiment mauvaises pour la première fois de ma vie. C’est cette honnêteté qui rend le tout bien plus sincère et mature. Je peux parler de ce qui m’arrive, de la façon dont ça m’affecte, donc ça affecte mes proches. Je ne pense pas qu’il aurait été bon d’aller sur ce terrain-là si ces problèmes étaient toujours d’actualités aujourd’hui, cet album aurait été un mensonge. Je dis bien un mensonge, car au final, même si les paroles sont très sombres, elles sont également très positives, car maintenant que tout est terminé, je peux voir les choses d’un œil plus avisé, plus clair. Ça n’aurait pas été honnête de ma part de parler de tout ça en ces termes avant la résolution de cette histoire.

Il y a aussi cette chanson appelée « Go To Hell For Heaven’s Sake » qui m’intrigue pas mal.

C’est un peu spécial car c’est une chanson écrite par moi, pour moi, pour les autres aspects de ma personnalité que je ne supporte pas vraiment. Le but est tout simplement de leur dire : « Barrez-vous ! » A un certain moment de ma vie, je n’étais pas ce qu’on peut appeler une bonne personne. Je faisais des mauvaises choses, pas parce que je voulais blesser les autres, je ne réalisais l’impact de mes actions. C’est un écho à cette période. Mais, dans un sens, cette chanson peut aussi parler aux auditeurs, qui pourraient aimer voir certaines choses changer dans leur comportement ou dans celui des autres. Le but est de se dire à propos de soi ou d’un autre : « Qu’est-ce qui ne va pas avec toi ? Quand es-tu devenu cette personne ? »

L’album se termine avec « Hospital For Souls » qui est probablement la pièce-maîtresse de votre carrière, reliant la violence des débuts avec la profondeur et les émotions de cet album.

C’est la dernière chanson que nous ayons écrire pour cet album, c’est un peu le melting-pot des meilleurs éléments des dix autres chansons de Sempiternal. Cet aspect intense et très électronique par exemple, ce côté soft également. Nous voulions que la dernière chanson incarne tout ! Nous voulions laisser les meilleurs moments dans la tête des auditeurs. Nous avons vraiment tout mis. Chaque partie est complètement différente, il n’y a aucune répétition durant le morceau.

C’est la première fois que vous vous donnez autant pour un album ?

Oui, clairement, on a vraiment tout donné et ce, dans chaque aspect de l’écriture, tu vois ce que je veux dire ? Nous n’avons pas privilégié un instrument plutôt qu’un autre, tout a été fait au maximum, je ne pense pas que nous pouvions aller plus loin. Il y avait plusieurs moments sur nos précédents opus où tout le monde essayait de faire la partie la plus technique etc… Je me rappelle de Jona par exemple, qui refusait à l’époque de jouer des plans trop ennuyeux à son goût. Maintenant, nous agissons pour le bien de la chanson, pas pour notre bien à nous. De plus, nous nous sommes considérablement éloignés de cette recherche constante du plan technique. Nous laissons respirer la musique, et donnons plus d’un point de vue émotionnel. Je pense que c’est ce qui est important. Les émotions connectent les riffs, les paroles, les mélodies.

Un mot sur la pochette de l’album cette fois ?

C’est l’image de l’univers, tu peux y voir plusieurs choses, comme les religions. Il y aurait trop de choses à expliquer pour te dire totalement ce que c’est. C’est très compliqué. Ce symbole représente tout, tous les aspects de l’univers, c’est une combinaison de tout ça. Il permet de penser qu’on ne peut pas changer ce qui immuable.

Quand on écoute cet album et quand on discute avec toi, on se demande si le succès n’est pas arrivé trop tôt, vous ne cessez d’évoluer, n’as-tu pas peur qu’au final le Bring Me The Horizon d’il y a 10 ans soit radicalement différent de ce que vous serez dans 10 ans ?

Hmmmm, je ne pense pas ! Car, depuis dix ans, nos progrès ont été très studieux quand on y pense. On a soif d’être encore meilleurs. Très franchement, quand tu écoutes notre premier album, je n’ai pas peur de le dire, il sonne comme de la merde (ndlr : il a vraiment dit ça). Sur l’album qui a suivi, nous étions devenus plus gourmands, on a engagé un orchestre etc… Après, nous avons ajouté plus de mélodies, plus de voix, plus de sentiments. Nous sommes en constante évolution. C’est sûr et certain que Sempiternal sonne comme la meilleure chose que nous n’ayons jamais réalisée. Je ne suis pas inquiet quant à l’avenir et quant au fait de réaliser encore de nouveaux albums qui apporteront eux aussi leur lot de nouvelles choses. C’est pour notre bien, on grandi, on apprend à être un groupe, à faire de la musique, et ce n’est pas fini. On peut encore être meilleurs. Je pense qu’on peut toujours améliorer quelque chose sur un album, sur Sempiternal également, même si à l’heure actuelle je ne saurais te dire quoi. Je suis si fier de cet album, et de manière non-arrogante. J’espère qu’on arrivera à des achèvements aussi intéressants que celui obtenu sur ce nouvel opus.

16581 vuesPar Jimmy Jetsam

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