Interview Entretien avec Jon Lawhon (Black Stone Cherry)

2 Mai 2014
Entretien avec Jon Lawhon (Black Stone Cherry)

C'est le 05 Mai 2014 que "Magic Mountain", le nouvel album de Black Stone Cherry, sera disponible. Après le malheureusement décevant "Between The Devil And The Deep Blue Sea" sorti en 2011, cette nouvelle galette studio nous permet de retrouver les gars du Kentucky dans un esprit très proche de leur premier opus éponyme sorti en 2006. Cependant, il semble évident à l'écoute des différents morceaux qu'une certaine évolution a su pointer le bout de son nez. Black Stone Cherry est plus éclectique que jamais et nous propulse vers le sommet de cette montagne à travers différents chemins tous uniques et regorgeants de petites nouveautés disséminées ici et là. L'implication du producteur Joe Barresi ne nous semblait pas totalement étrangère à ces quelques changements tous bienvenus. Nous avons pu en discuter avec Jon Lawhon, bassiste du groupe au détour d'une rapide discussion téléphonique. 

LOUDER! : En tant que musicien et membre de Black Stone Cherry, comment décrirais-tu Magic Mountain ? Quelle genre d'expérience fut la composition de ce nouvel album ?

Jon Lawhon : Je crois que ce que nous avons essayé de faire est tout simplement de réussir à réaliser des morceaux qui sauront faire de l'effet à l'auditeur quand il écoutera la radio, mais aussi à satisfaire nos envies créatrices, en allant sur des sentiers peut-être plus électiques et à la fois plus inspirés. Les fans Européens aiment être surpris par exemple, et il était évident pour nous qu'il fallait que cet album sache provoquer une réaction de surprise, mais ce n'est pas parce que tu te dois d'être surprenant que tu y arrives forcément. Nous avons énormément travaillé pour réussir à sortir quelque chose d'honnête et d'inspiré, le processus d'écriture a duré de longs mois, et je dois avouer que si notre producteur et l'équipe qui l'entoure n'avait pas été là. L'album serait sûrement assez différent aujourd'hui. Pas forcément moins bon, mais différent. Les gens qui ont pu entendre certaines chansons ont ressenti un côté peut-être plus old-school qu'aupravant, et ça fait très plaisir d'entendre ça, car je pense que nous étions dans un état d'esprit très old-school quant à nôtre démarche de travail autour de "Magic Mountain". C'est toujours nous, c'est toujours BLACK STONE CHERRY, mais ce côté enfantin qui fait encore ses premiers pas n'existe plus vraiment, c'est un album beaucoup plus adulte. Mais toujours avec cette puissance et cette énergie propre au groupe, propre à nos deux premiers albums. Le troisième était parti dans des contrées un peu différentes tout en continuant à proposer des pistes super heavy certes, mais je ne sais pas, nous étions peut-être dans une démarche beaucoup plus préparée et réfléchie, au détriment de la spontanéité.

Comme tu as l'air de le sous-entendre, et je suis d'accord avec toi. Magic Mountain est clairement un album plus électique que vos précédents travaux. J'entends bien ce que tu dis par rapport à votre méthode de travail autour de ce nouvel album, mais ce côté électique n'était pas forcément voulu je suppose ? Au contraire de votre méthode de travail.

En effet, l'électisme que dégage l'album s'est vraiment révélé par lui-même au fur et à mesure que nous avançions dans la composition. Pour être tout-à-fait honnête avec toi, quand nous entendions ce qui sortait de nos instruments, nous ne pouvions pas nous empêcher de nous demander ce que les fans allaient penser. C'est pour ça que nous nous sommes vraiment assurés que les titres qui sortiraient sur l'album possèderaient tous une certaine vibration, pas forcément totalement nouvelle, mais qui sauraient les étonner, comme je le disais avant, les surprendre. Ce n'est pas un secret, nous sommes très proches de nos fans, et il était important pour nous de penser à eux, à ce qu'ils pourraient penser en entendant l'album. Tout comme il était important pour nous, musiciens, de nous faire plaisir aussi. Tu sais, je ne vais rien t'apprendre en te disant qu'aujourd'hui le téléchargement existe et qu'il est devenu extrêmement simple d'acquérir un album en quelques minutes de manière légale ou non en quelques clics. Je pense que les groupes doivent apprendre à évoluer dans l'industrie en prenant cette donnée en compte (ndlr : le digipack en est un excellent exemple), et ça passe aussi par ce que ta musique peut offrir. Un mec a téléchargé ton dernier album ou ton dernier DVD live de manière illégale ? Okay, très bien, c'est la vie, c'est comme ça. Mais il n'aura jamais « la chance » de ressentir l'énergie live si jamais tu ne te montres pas assez convaincant sur album ! Il faut lui donner envie de se décider à franchir le pas et à venir tâter cette même musique en live. Car c'est quelque chose de totalement différent, une expérience unique que tu ne pourras jamais retranscrire sur un CD ou un DVD. J'ose penser que c'est ce que nous essayons de faire sur nos albums, transmettre une infime partie de cette énergie, et donner envie aux gens qui apprécient notre musique de venir nous voir. « Me And Mary Jane » et « Fiesta Del Fuego » sont deux excellents exemples de ce que je t'explique, car en live, ces deux titres délivrent véritablement une énergie bien supérieure à ce que tu peux constater sur album.

Puisque tu en parles, j'ai l'impression qu'en dévoilant en premier « Me And Mary Jane » et « Fiesta Del Fuego » par la suite, vous tentez de dire que « Magic Mountain » est clairement un album diversifié, et que chaque chanson possède son propre « univers » et est « unique ».

C'est exact, nous voulions dire à nos fans que peu importe l'âge, les goûts, l'expérience ou encore l'oreille musicale : il y a forcément quelque chose pour eux sur cet album. Comme je te le disais, nous pensions vraiment à eux lorsque nous composions, et il était clair pour nous qu'il fallait que cet album parle à tout le monde, sans exceptions. Tu as du pur fun, comme la chanson « Me And Mary Jane », ou des titres qui vont plus partir dans l'émotion, et vers une sorte de « confession » comme « Sometimes », et enfin, des choses un peu plus expérimentales, comme « Hollywood In Kentucky » qui est un titre country. Nous voulions que cet album parle à tout le monde, à toutes les cultures, et pas que musicales. Partager sa musique avec ses fans est quelque chose d'extrêmement important et presque automatique quand tu sors un album, mais avec « Magic Mountain » nous voulions aller encore plus loin et carrément leur offrir une part de nous-mêmes, en tant qu'êtres humains.

Pourquoi avoir choisi ce titre, « Magic Mountain » ? Quelle est l'idée qu'il dégage ?

Pour nous, cette « montagne magique » représente l'endroit où pourrait s'évader une personne après une rude journée de boulot. Je pense qu'on a tous, d'une manière ou d'une autre, notre monde à nous. Celui où l'on s'évade quand il y a la fatigue, le doute etc... Certes, cela reste un mythe, mais je pense que l'état d'esprit de la chanson reflète ce dont beaucoup de gens ont besoin, et nous tenions à partager ça avec eux. De plus, c'est un titre qui résume à lui seul l'état d'esprit de l'album, et nous avons pu nous en rendre compte assez rapidement car la chanson était l'une des premières à être écrite. De ce fait, il semblait logique de nommer l'album d'après la chanson, car sans être seulement un bon résumé de ce que l'album a à offrir, elle incarne beaucoup de choses importantes pour nous. Et l'album incarne cette « magic mountain », il incarne cet échappatoire.

Les chansons composées après la création de cette chanson étaient-t-elles influencées par l'état d'esprit global de cette dernière et ce qu'elle réprésente pour l'album ?

Non, pas du tout. Nous étions vraiment débridés lorsqu'est venu le moment de travailler sur de nouveaux titres. Ce n'est qu'après que nous ayons terminé, et réecouté le tout que les décisions quant au visage de l'album ont été prises.

Joe Barresi est le producteur de l'album. De quelle manière son implication dans l'élaboration de « Magic Moutain » a pu influencer ce qui est aujourd'hui le résultat final ?

Joe est quelqu'un d'extrêmement doué dans ce qu'il fait. Il connait son matos sur le bout des doigts, et il sait exactement comment faire sonner le groupe avec qui il travaille, tout en apportant sa patte. Quand nous avons commencés à travailler avec lui, il souhaitait vraiment qu'on se libère des chaînes auxquelles on s'attachait nous-mêmes, et ça passait par le fait d'acquérir plus de spontanéité que par le passé. Cet aspect que je trouve primordial quant à la compréhension de l'album aurait pu être vraiment différent sans lui. Nous sommes vraiment retournés vers un état d'esprit proche de celui qui nous animait quand nous avons fait notre premier album. Nous voulions également, comme je te le disais toute-à-l'heure que « Magic Mountain » propose des chansons qui marchent du tonnerre quand elles sont diffusées à la radio, et encore une fois je pense que si nous avons réussi, c'est grâce à Joe. Il a pris le temps de nous expliquer comment marchait le monde de la radio aux Etats-Unis, et a su nous donner les ficelles pour rendre notre impact encore plus retentissant. Par exemple, il nous a expliqué comment rendre une chanson diffusable sans forcément écrire des paroles stupides et dénuées de sens et de profondeur ! Ce n'est pas un passage obligatoire ! Il nous répète souvent : « Si tu ne dois pas faire quelque chose, et bien, ne le fais pas ! » (rires) Et il a totalement raison. Tu peux rendre quelque chose accessible sans forcément te brider. Il connaît la musique, et sait comment la faire briller. Par exemple, le double-solo de la chanson « Me and Mary-Jane », c'est lui qui en a eu l'idée, quand nous nous serions probabalement contentés de quelque chose plus « terre-à-terre ». Joe nous a encouragé à être nous-mêmes, sans jamais nous forcer à quoique ce soit, c'était une relation très naturelle basée sur le respect mutuel. C'était vraiment enrichissant de travailler avec lui.

Penses-tu qu'il a su vous faire sortir d'une certaine zone de confort dans laquelle vous vous complaisiez depuis vos débuts ?

(il réfléchit) Je pense surtout que Joe nous a permis de redécouvrir qui nous étions.

« Hollywood In Kentucky » est vraiment une chanson surprenante et propose un BLACK STONE CHERRY qui se la joue « country ». D'où est venue l'idée et comment l'avez vous concrétisée ?

Nous sommes un groupe de Hard-Rock. Mais il y a des moments où on aime aussi se laisser-aller à d'autres saveurs. Nous sommes tous du Kentucky, pas si éloignés de Nashville, berceau de la country. C'est donc logique au bout d'un moment que ce style soit important pour nous. Pleins de groupes de country fleurissent dans la région, et il y a quelques temps, nos potes de FLORIDA GEORGIA LINE (ndlr : groupe de « country pop américain ») ont repris notre chanson « Stay » (ndlr: issue du troisième album de BSC) pour la remanier à leur sauce (vous pouvez écouter cette purge en cliquant ici, l'amitié n'excuse pas tout) et ils se sont placés en tête des charts grâce à cette reprise. Ce sont nos potes, et c'était énorme tout simplement. « Hollywood In Kentucky » parle d'où nous venons, de ce qui s'y passe et de ce que nous y voyons. Nous l'avons composée et écrit les paroles dans le seul but que les gens voient et comprennent l'état d'esprit de notre « maison ». Il y a tant de styles différents qui se cotôient à Nashville et dans le Kentucky en général qu'il semblait vraiment intéressant de rendre hommage à l'esprit de cette ville, et à ses musiciens. Si en tant que fans de musique nous sommes si électiques, c'est parce que l'endroit où nous avons grandi l'est également ! Nous écoutons vraiment de tout, et rien que ce matin par exemple, j'écoutais « Radioactive » d'IMAGINE DRAGONS. Beaucoup de gens ne pourraient pas imaginer que je suis un fan de ce groupe, et pourtant, je les écoute beaucoup quand je roule dans Glasgow (Kentucky). Nous aimons la Pop, le Rock, le Classic-Rock, Hard-Rock, Country, Bluegrass, Gospel etc... Nous sommes à fond là-dedans, parce que le Kentucky regorge d'éclectisme musical, et nous souhaitions rendre hommage à cet état d'esprit.

Puisque tu parles de bluegrass, j'ai lu que ton grand-père était membre d'un groupe de bluegrass. C'est vrai ?

C'est exact, mon grand-père a joué du bluegrass pendant des années. Malheureusement, il est décédé il y a huit ou neuf ans. C'est grâce à lui qu'un beau jour, j'ai décidé de prendre un instrument et commencé à jouer de la musique. Le grand-père de Chris (ndlr : Robertson, chanteur du groupe) fabriquait des mandolines, et c'est ce dernier qui a déclenché la passion de Chris pour la musique et qui a fait qu'un jour il se soit lancé à fond dedans.

Pour finir, je ne peux m'empêcher de remarquer que vous êtes extrêmement populaires au Royaume-Uni. La majorité de vos fans se trouve là-bas, et ils sont plutôt actifs concernant tout ce qui tourne autour de BLACK STONE CHERRY. Comment expliques-tu cet engouement autour de vous là-bas ?

Je ne me l'explique pas. Mais c'est très agréable, et on ne les remerciera jamais assez ! Je me souviens d'un show à l 'O2 Apollo de Manchester, durant lequel beaucoup de fans brandissaient des drapeaux américains ou bien portaient des t-shirts avec les motifs du drapeau. C'était dingue. Je crois qu'en tant qu'Américains, nous sommes totalement intrigués par la culture anglaise, beaucoup de gens par chez nous sont fans de musique anglaise par exemple, ou vont eux aussi porter des t-shirts avec l'Union Jack imprimé dessus, et de manière générale nous sommes toujours intrigués par ce qu'il passe, culturellement parlant, dans des pays comme le Royaume-Uni ou d'autres. Par d'autres, j'entends aussi que pleins de gens rêvent de venir à Paris pour voir la Tour Eiffel et le Louvre, c'est de la curiosité positive. Et je pense que cette dernière est la cause de tout l'amour que nous portent nos fans anglais, on les intrigue, notre culture les intrigue, tout comme la leur nous intrigue ! (rires) C'est la seule explication logique que je trouve, la curiosité positive !

Vu que tu as mentionné la France, vous comptez venir nous voir bientôt ?

Oui ! Cet hiver normalement ! Je n'en sais pas plus, ça va peut-être se confirmer pour plus tard, mais pour le moment je crois que le plan est de venir vous voir cet hiver. 

2428 vuesPar Jimmy Jetsam

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