Interview Entretien avec Perttu et Mikko (Apocalyptica) VIDEO

9 Janvier 2014
Entretien avec Perttu et Mikko (Apocalyptica) VIDEO

Cela faisait plus d'un an qu'Apocalyptica n'était pas monté sur scène pour donner un vrai concert, dans la pure tradition, pour jouer leurs morceaux devant un public. Il faut dire qu'ils ont été pas mal occupés avec le fameux "Wagner Reloaded" chorégraphié par Greg Seyffert. Ce nouveau projet hommage à Wagner, sa vie et son oeuvre, est relativement conséquent, proposant un spectacle de deux-cents danseurs, avec divers effets de scènes, un orchestre symphonique, et au milieu de tout ça: Apocalyptica. Le groupe a en effet composé la musique qui accompagne l'histoire et se retrouvait sur scène chaque soir à Leipzig pour jouer. Aujourd'hui, vous pouvez trouver un témoignage CD et/ou DVD de cette aventure qui va bien au-delà de tout ce qu'ils ont fait. Que ce soit en termes de composition ou de performance scénique. Perttu et Mikko vous l'expliqueront mieux que moi probablement ! 

Bons Baisers de Leipzig !

VIDEO ( 20 minutes / V.O non sous-titrée ) : 

TEXTE ( Français ) :

Vous donniez un concert assez intimiste au Divan du Monde à Paris hier soir, c’était vraiment sympa de vous voir dans de telles conditions, même si cela n’a pas empêché quelques petits soucis, soucis de micro par exemple ! N’est-ce pas Perttu (rires) ?

Perttu : Je ne sais pas de quoi tu parles (rires) ! La plupart du temps, quand quelque chose d’inhabituel se passe sur scène, c’est à cause de moi.

Mikko : Même si il ne sait pas ce qui lui arrive sur le coup !

Perttu : Quand ça arrive, je ne m’en rends pas forcément compte, mais je reste coincé sur le problème ! Alors, c’est le batteur qui finit par suivre et qui fait une connerie à son tour. Mais ce n’était pas le seul incident à vrai dire !

Mikko : Le problème avec le micro était un des problèmes mineurs ! J’ai eu un souci avec un morceau, je n’ai dû jouer que pendant une minute avant de me perdre complètement (rires). J’ai oublié toute cette putain de chanson (rires).

Donc, quand tu es perdu dans ton interprétation lors d’un show, tu crées quelque chose de nouveau (rires) ?

Mikko : Exactement, je crée (rires) ! C’est presque de la composition par moment !

Perttu : C’était vraiment très excitant de se retrouver à jouer ce concert, il faut dire qu’il y a eu un très long break entre notre dernier véritable show en club et celui de hier soir (ndlr: interview réalisée au lendemain de leur concert au Divan du Monde, soit le 21 Novembre). Ça devait faire quinze mois que nous n’avions pas joués la plupart des titres interprétés hier. C’était presque difficile de se souvenir de la manière dont nous devions les jouer.

Quel a été votre ressenti de manière plus générale concernant ce concert au Divan du Monde ?

Mikko : Le break a été une bonne chose en soi, car nous n’avions pas foulés une scène depuis à peu près cinq ou six mois (ndlr : Mikko parle ici de leur tournée autour de Wagner Reloaded, qui n’a rien à voir avec un vrai concert d’Apocalyptica, qui remettait les pieds sur scène pour jouer leurs morceaux pour la première fois depuis une quinzaine de mois comme le soulignait plus tôt Perttu). C’était bon de revenir et de retrouver certaines sensations.

Mikko, tu es dans le groupe depuis dix ans maintenant. Après tout ce temps, qu’est-ce que tu penses avoir apporté à Apocalyptica ?

Mikko : Ça n’engage que moi, mais je pense qu’ajouter une batterie à leur musique était quelque chose qu’Apocalyptica recherchait. C’était dur de rester collé au style dans lequel ils évoluaient, je pense qu’ils souhaitaient renouveler un peu le tout. Quand est venu le moment où ajouter de la batterie aux compositions est arrivé, où plus d’éléments rythmiques étaient requis que par le passé, il était logique d’impliquer un batteur au sein du groupe. Voilà pourquoi je suis arrivé ! (Il regarde Perttu), merci…

Perttu : Merci à toi. Pour nous, chaque album est un peu un bac à sable, une aire de jeux. Nous devons nous réinventer à chaque fois, nous avons exclus le fait de devoir nous répéter, et il est très vite devenu évident qu’ajouter une batterie serait obligatoire afin de franchir un palier. Tout cela n’aurait pas pu arriver sans l’aide de Dave Lombardo, il nous avait proposé de jouer pour nous si jamais nous avions besoin d’un batteur. Enfin ça ne s’est pas fait, mais je dois avouer apprécier la compagnie de Mikko.

Mikko : Sur scène et en dehors (sourire).

Perttu : Surtout sur scène (rires).

Comme tu le disais, vous cherchez toujours la nouveauté quand il s’agit de proposer un nouvel album. Votre précédent enregistrement, 7th Symphony, n’échappait pas vraiment à la règle et amenait son lot de nouveautés. Etiez-vous contents de la manière dont il avait été reçu par vos fans ?

Perttu : J’ai le sentiment que les gens l’ont même incroyablement bien reçu. Nous sommes allés en studio avec une certaine ouverture d’esprit quant à ce que nous pourrions proposer. Nous ne voulions pas poser certaines restrictions, ou encore avoir de structures prédéfinies pour les nouvelles chansons. Nous avions quelques idées autour desquelles nous avons travaillé, fait plusieurs expérimentations, de dingues il faut l’avouer, pour tenter d’obtenir le résultat qui nous conviendrait vraiment. Tout cela a pu arriver grâce à l’implication de Joe Barresi qui est un producteur vraiment innovant. Il voulait vraiment que nous creusions le plus profond possible, et c’est grâce à cela que 7th Symphony est ce qu’il est. Je me rappelle d’ailleurs que les titres issus de cet album semblaient être les favoris de la foule lorsque nous tournions après la sortie du disque, les réactions étaient vraiment bonnes ! (il se tourne vers Mikko) Tu t’en souviens ? C’est arrivé surtout en France, quelque chose s’est produit ici, une relation très spéciale, nous n’avions jamais eu la possibilité de tourner autant en France avant quelques années. Tout cela est arrivé avec 7th Symphony et ses morceaux, donc je pense que cela appuie l’idée que cet album fut très bien reçu et accepté.

Parlons de Wagner Reloaded. Quand est venue l’idée de lancer ce projet se concentrant sur la vie de Wagner ? Et combien de temps cela a pris pour mener ce projet à bien ?

Mikko : Je pense que tout a vraiment commencé il y a trois ans quand Gregor Seyffert, le chorégraphe du spectacle, fut appelé pour mettre en scène quelque chose pour l’anniversaire de Wagner. Il a toujours été inspiré par notre musique, depuis très longtemps, il avait d’ailleurs déjà utilisé du Apocalyptica pour mettre en scène certains spectacles de musique. Pour Wagner Reloaded, il voulait un show où la musique du compositeur ne serait pas utilisée, il voulait notre musique. Par la suite, il a fallu trois ans pour mettre tout ça en place, la composition des musiques, qui sont toutes des inédits du groupe, sauf une qui est assez ancienne. Ensuite, il fallait faire ce qu’il fallait pour que la musique puisse suivre l’histoire qui devait être racontée et vice-versa. Cependant, tout devait être réglé au millimètre, car il s’agissait avant tout de réaliser un spectacle dansant, notre musique en fait partie certes, mais ce n’est pas du tout pareil quand il s’agit de jouer Live, cela n’a rien à voir avec un concert normal. Nous faisons partie d’une grosse production, il ne s’agit pas que d’Apocalyptica.

Perttu : Il faut quand même dire que tout le monde est là grâce à moi (rires) !

Mikko : Evidemment !

Puisque vous parliez des danseurs, ont-t-ils un rôle important dans le déroulement de l’histoire ? Ou sont-t-ils seulement présents pour l’effet artistique ? Dites-nous en plus quant à leur participation à ce projet.

Perttu : Au début, certes nous avions une bonne idée de ce que serait la musique, mais la façon dont serait réglée notre performance est venue plus tard. Nous voulions faire partie de la mise en scène, nous sentions que ce serait cool, et qu’il fallait qu’on se sente tous comme un groupe. Sans oublier qu’il y avait aussi un orchestre avec nous. Tout cela a permis d’amener plusieurs nouvelles idées, où aller pour le spectacle principalement. C’est pour cette raison que nous voulions sortir un album live, car il offre un nouveau style à notre musique et nous voulions que nos fans puissent l’écouter, car même avec seulement la musique, je trouve que la magie opère.

Mikko : Tous les albums réalisés avant ce CD Live, et nos fans qui les ont aimés font partie d’une même famille, alors qu’avec Wagner Reloaded nous proposons quelque chose de totalement différent, surtout pour eux qui nous suivent depuis le début. Ils nous demandaient souvent de faire des choses encore plus différentes comme des choses plus instrumentales ou artistiques, voir orchestrales. Ils étaient intrigués par ce que nous ferons, par ce projet. C’était une bonne chance de leur offrir cela.

Wagner Reloaded est vraiment un album intéressant, pleins de petites subtilités qu’on ne remarque qu’avec plusieurs écoutes. Ecouter plusieurs fois l’album pour les découvrir fait d’ailleurs parti du jeu !

Perttu : C’est une bonne chose quand tu sens le besoin de recommencer quelque chose. Prenons par exemple : le sexe. Ce serait ennuyeux d’être vraiment bon au lit, et c’est tout ! Tu imagines la frustration ? Il faut que le partenaire veuille de toi, encore et encore. Ce qui t’explique pourquoi je suis si fatigué aujourd’hui ! (éclats de rires)

Comment s’est passée la cohabitation avec l’orchestre ?

Mikko : C’est toujours quelque chose de super, le son qui ressort des instruments d’un orchestre est tellement… énorme ! Les possibilités sont aussi incroyables, tu peux vraiment prendre beaucoup de directions. Le chef d’orchestre, Sven, et le directeur de l’orchestre nous ont aidés. Christian par exemple, était là pour nous aider à tirer le meilleur de notre collaboration avec l’orchestre. Il y a bien sur eu quelques difficultés, car ils ne jouaient pas sur un format orchestral traditionnel, il y avait plusieurs mecs entassés un peu partout sur la scène, dispersés. Ça a dû être vraiment compliqué pour eux car jouer avec un groupe de Rock est plutôt une expérience, quoiqu’il arrive, ça joue plus fort que la moyenne. T’es tranquille sur ton violon à jouer une mélodie pendant qu’un vieux singe se démène sur sa batterie derrière (sourire).

Perttu : Apparemment, le mec qui jouait du violon a pris sa retraite depuis. Après le premier concert (rires) !

Mikko : On ne l’a plus jamais revu ! C’est de ma faute (rires) !

Le chorégraphe travaillait avec l’orchestre et les danseurs donc, mais a-t-il travaillé avec vous également ?

Perttu : L’idée principale, comme la structure de l’histoire, c’est de son fait. La musique se devait de suivre le script établi, mais comparé à ce que nous faisions par le passé, c’est bien évidemment différent comme nous le disions. Nous n’étions pas à cent pour cent libres, car nous devions nous adapter au moule pré établi. Nous avions une image de ce que nous devions, une direction à suivre. C’est à peu près le même procédé lorsque tu travailles sur la B.O d’un film ou d’un jeu-vidéo. Mais, je pense que cet album doit être vu comme la B.O de ce ballet contemporain.

Mikko : Greg (chorégraphe) est vraiment un mec inspirant. Il est toujours à fond dans ce qu’il fait, c’est un putain de bon danseur, un chorégraphe très talentueux, et son énergie, je crois, était la clé pour nous motiver nous aussi. Il a prouvé dès le début qu’il mettrait tout son cœur dans ce projet, nous devions donc faire pareil. C’est vraiment formidable de travailler avec des personnes comme ça. Il s’occupait de tout, tu imagines ? Gérer deux-cents danseurs ?! Le mec bossait de six heures du matin à minuit. Quand nous étions en pause, il nettoyait le sol, le mec ne s’arrêtait jamais.

Avez-vous rencontré des difficultés durant la création de Wagner Reloaded ?

Perttu : Pour ma part, c’était de vaincre ma peur du vide. Nous devions jouer vraiment haut, genre perchés à dix mètres du sol. Quand je suis monté sur la plateforme la première fois, je n’y croyais pas. « Dans deux semaines je devrais headbanguer là-dessus ?! » Je sentais mes jambes tressaillir, j’avais vraiment peur de tomber. C’était marrant, car d’un côté, l’obligation de se concentrer sur la musique semblait primordiale afin de ne pas penser à l’endroit où je me trouvais.

Mikko : Moi ça allait, j’étais derrière la batterie, je me sentais protégé. Mais, c’est vrai qu’on ne jouait pas forcément devant des fans, il fallait vraiment se concentrer sur ce que nous faisons et c’était vraiment serré, car très différent.

Quelles sensations ressentiez-vous lorsque vous jouiez ?

Perttu : Même pour nous qui sommes habitués à jouer en live. J’avais l’impression d’être un personnage, je me sentais comme un chaînon du déroulement de l’histoire. C’était très fatiguant car je donnais vraiment tout pour mon personnage, pour faire passer quelque chose. C’est très différent de ce que nous étions habitués à faire.

Mikko : Je dois avouer avoir été très fatigué après chaque show également. Je sentais que les gens s’emparaient de mon âme, qu’on partageait quelque chose. C’était vraiment une expérience formidable dont je suis très fier, ça me semblait important, c’était un projet différent, et sortis de l’aspect musical, l’histoire me semblait importante également. Il y a un super message à transmettre, et c’est quelque chose que nous referons à l’avenir je pense.

Quand viendrez-vous présenter le spectacle en France ? L’an prochain ?

Mikko : Nous ne sommes pas disponibles l’an prochain ! Pour le moment, nous écrivons de nouvelles chansons pour le prochain album. Ce sera notre boulot jusqu’à Noël (ndlr : interview réalisée en Novembre), après nous partons en tournée avec le Chamber Orchestra (ndlr : rien à voir avec le projet Wagner Reloaded) pour des dates en Europe de l’Est principalement.

Perttu : J’espère que nous pourrons amener les deux projets en France un de ces jours, car les Français sont des gens cultivés qui aiment se rendre à ce genre d’évènements.

Mikko : Mais pour le moment, rien à prévoir.

Pour terminer cette interview, j’aimerais que chacun de vous exprime ce qu’il ressent pour Wagner et son œuvre.

Perttu : Wagner est l’un de mes compositeurs favori, il est l’une des principales raisons qui ont fait qu’un jour, j’ai décidé de me saisir d’un instrument. Je suis tombé amoureux du Hollandais Volant quand j’étais gamin et ça ne m’a jamais lâché. J’ai toujours beaucoup tenu à lui et à son œuvre, et avec ce projet, nous essayons de proposer quelque chose qui ne ruinera pas l’image qu’on a de lui (rires).

Mikko : Ma passion pour lui est un peu plus platonique, je l’avoue. Je connais certains des thèmes qu’il a écrit, mais je n’avais jamais écouté du Wagner avec passion. Il a fallu que je participe à ce projet pour vraiment me rapprocher de son travail. M’ouvrir à son œuvre en quelques sortes. D’ailleurs, je me suis rendu compte qu’il devait être aussi timbré que moi. C’est ce qui m’a vraiment intéressé et mené vers son œuvre.

1459 vuesPar Jimmy Jetsam

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