Interview Entretien avec Sel Balamir (Amplifier)

7 Avril 2013
Entretien avec Sel Balamir (Amplifier)

Pour la sortie de leur nouvel opus intitulé "Echo Street", dont vous pouvez retrouver la chronique en cliquant ici, Amplifier frappe un grand coup s'éloignant quand même un peu de leurs racines tout en restant quand même ancré dans un univers très aérien. Quand l'occasion se présenta d'en discuter avec Sel Balamir, leader du groupe, vous vous doutez bien que je n'ai pas pu refuser ! Cette entrevue allaint humour, sérieux et accent londonien devrait à coup sur vous éclairer sur la musique d'un groupe qui semble agir à l'instinct et offrir le meilleur de lui-même à ses fans. 

Hey Sel ! Comment ça va ?

La grande forme, je ne me suis jamais senti aussi bien, à part peut-être il y a deux heures… Et toi ça va ?

Plutôt pas mal oui ! Alors comme ça, t’es de Manchester ?

Ouais, je vis à Manchester depuis très longtemps, pas depuis que je suis gosse, mais depuis à peu près une vingtaine d’années. Je suis originaire de Londres ce qui explique pourquoi  JE – PARLE – COMME – ÇA. (ndlr : Il parlera de manière décomposée tout le long de l’interview.) Ainsi qu’avec une voix de canard : « Hey, je suis content de t’avoir comme ami ! » T’as vu, c’est trop ça non ?

Quels souvenirs gardes-tu de votre précédent album « The Octopus » ? A propos de l’enregistrement, de la tournée etc…

Je me souviens... Je me souviens de beaucoup de choses à vrai dire car ça a pris énormément de temps. Je me souviens de nous, jouant durant de longues heures en vue de l’enregistrement. Je me souviens d’à quel point c’était rigolo. Je me souviens être allé en studio. Je me souviens d’ailleurs qu’on a jammé pendant deux ans avant d’entrer en studio. Je me souviens de la route pour aller au studio (il explose de rire). Je me souviens être entré dans ce studio. Je me souviens de ma copine et moi dans ce studio, elle était enceinte d’ailleurs. T’as vu ça un peu ?! Je me souviens vraiment de beaucoup de trucs ! (rires)

(rires) Okay, okay. Amplifier est donc de retour avec un nouvel opus appelé « Echo Street », qu’est-ce qui t’as inspiré ce titre ?

Beaucoup de raisons sont derrière ce titre. Quand nous avons fait The Octopus, certaines photographies ont été réalisées dans une rue qui s’appelait, accroche toi bien, Echo Street. L’idée est donc venue de cette manière, à cause de cette photo. L’autre idée derrière ce titre était donc de lier The Octopus et ce nouvel opus. Par la suite, la composition et l’enregistrement de l’album furent vraiment très rapide, mais juste avant ça, je ne savais définitivement pas à quoi le tout allait ressembler, comment le tout sonnerait. C’est la trouvaille de ce titre juste avant qui a influencé le reste, puisque certaines chansons présentes sur cet album sont des choses qu’on avait composées dans les années 90. Le titre trouvait donc tout son sens, comme un écho du passé, comme un vieux souvenir. Tout cela aurait pu être extrêmement différent si nous n’avions pas pris cette décision quant à ce que serait le titre au préalable.

Je trouve qu’il faut plusieurs écoutes pour saisir toute la portée de la chose personnellement, tu es d’accord avec ça ?

C’est étrange, car je pense justement que c’est notre album le plus direct car nous nous sommes dirigés vers des compositions plus « espacées » justement.

Faut croire que je suis un mec compliqué. Tu sais quoi, on va faire plus simple, parle-moi du but fixé avec ce nouvel album, ce à quoi vous aspiriez. Proposer un mix de tout ce qui fait votre son était dans vos idées par exemple ?

Non, je peux être honnête avec toi ?

Bien sûr, on est en famille ici. (rires)

(rires) Et bien, l’idée principale était de se faire du fric tout simplement ! Nous étions en train de travailler sur un nouvel album directement après l’enregistrement de The Octopus et il fallait que ça marche.  Tu vois l’idée dont je te parlais toute à l’heure ? On s’est vraiment lancés dedans sans savoir où on allait. Et au final, je trouve qu’on s’en est plutôt bien sortis ! Le vrai but, c’est de faire en sorte que toi, tu penses du bien de l’album pour que les gens puissent être amenés à nous écouter et à nous acheter. C’est aussi simple que ça !

The Wheel est probablement le pièce maîtresse de l’album. Voir même de votre carrière.

J’apprécie énormément ce morceau également, avec cette même ligne de guitare qui reste du début à la fin et simplement jouée sur une ou deux cordes.

L’impression d’être vraiment dans une roue est impressionnante. Pourtant, tu avais sous-entendu dans le dossier de presse que ce titre avait été sujet à plusieurs évolutions. Parle-nous un peu de sa naissance.

Originellement, le tout provient d’une moitié d’une autre chanson que j’avais composée par le passé. Le tout tournait autour de la même ligne de guitare et j’ai juste changé certaines choses, comme la ligne de basse. La mélodie était similaire sans être la même et l’idée concernant les paroles s’avérait être un peu plus ringarde, mais ça reste pourtant à peu près sur le même sujet. Mon objectif était de faire en sorte que les gens qui écouteraient Echo Street se rappellent de cette chanson, d’ailleurs, je me rappelle m’être dit à l’époque :  « Il y a définitivement quelque chose à faire avec cette chanson. » donc nous avons décidés de l’enregistrer. On s’est rapidement mis à bosser sur une partie rythmique, sur la ligne de guitare et très vite, ça a donné quelque chose. Ce que nous avions fait au début n’était pas assez bon, car lorsque Chris mixait cette nouvelle version, c’était presque heavy, pesant, puissant et impressionnant. Nos arrangements pour les mélodies, la ligne de guitare avaient vraiment porté leurs fruits, la fusion de ces deux chansons donnaient vraiment quelque chose. C’est une belle fin.

Je me trompe en disant que c’est le morceau qui t’a le plus marqué sur ce nouvel opus ?

Non, tu ne te trompes pas, pourtant, je ne suis pas le genre de personne à avoir sa piste favorite. Mais celle-là, je l’aime vraiment beaucoup. Tout comme les chansons de nos débuts également (silence), ainsi que les quatre dernières chansons du nouvel album (rires). Cependant, je les apprécie pour d’autres raisons et d’une manière différente aussi.

Ah ! Et de quelle manière ?

De toutes les manières (rires) ! Elles me touchent toutes d’une manière différente et surtout, je sais que quand on les jouera en Live, ce sera vraiment énorme. Je suis vraiment excité à l’idée de les jouer face au public. J’aime Paris In The Spring car elle est changeante par exemple, tout comme moi d’ailleurs (rires) !

Le thème abordé dans cette chanson est d’ailleurs lié à l’occupation Nazie en France il me semble ?

Il y a définitivement un peu de ça en effet. Mais rien que le son de la chanson, ce qu’elle dégage, ça me remplit d’émotion. Between Today And Yesterday est aussi un des atouts de l’album, dès que l’album arrive sur cette piste, ça sonne comme une surprise pour moi, car tout comme Paris In The Spring, elle dégage quelque chose. De plus, je trouve qu’elle sonne comme un vieux classique des 60’s ou des 70’s, comme une chanson qu’écoutaient nos parents à leur époque. Ça me rend nostalgique.

En parlant de ça, je trouve qu’il y a quand même un peu de Led Zeppelin sur la chanson Mary Rose.

Exactement, je dirais même qu’en plus de Led Zeppelin, on peut y trouver un peu d’Aerosmith, et le tout sonne un peu étrange, peut-être qu’il y a aussi une petite influence de Syd Barrett. Mary Rose est vraiment le lien entre notre dernier album et celui-là.

« Where The River Goes » est très surprenante également, puisque qu’en plus d’amener l’auditeur vers un autre monde. On se retrouve happé entre bonheur et malheur, c’est très spécial.

C’est une chanson un peu triste en effet. (silence) Je trouve que tu as parfaitement résumé les enjeux de cette chanson, je te félicite, je ne peux rien ajouter de plus !

Toi-même tu es triste ?

Mais non (rires), tout le monde me demande ça aujourd’hui, je vais le dire une bonne fois pour toutes : « Je vais bien putain ! »

Content de l’entendre ! Un mot sur Chris Sheldon qui a mixé l’album ? Pourquoi lui, encore ? (rires)

Tout simplement car il est la seule personne à qui je peux envoyer les morceaux quand ils sont terminés. Je n’ai pas à m’inquiéter de la façon dont le tout sonnera, c’est une histoire de confiance. Je sais par exemple que si il m’envoi quelque chose qui n’est pas parfait, je peux lui dire ce qu’il faut changer par-ci par-là, et qu’au final, nous serons sur la même longueur d’ondes et qu’il réussira à amener le morceau là où je le voulais. Il sait parfaitement ce que je veux entendre, c’est le résultat après avoir travaillé si longtemps avec lui. D’ailleurs, au moment ou je te parle la, il est en train de mixer un autre de nos enregistrements. Je suis impatient d’aller le rejoindre pour écouter le mix final et lui dire que c’est parfait ! Je pense que le temps est une notion importante afin de bâtir une relation saine et de confiance avec les gens qui travaillent avec toi.

Changement de sujet, qui est cette petite fille sur la pochette de l’album ?

Elle n’est personne et tout le monde à la fois, elle pourrait être n’importe qui de ton entourage, quelqu’un de ton passé. Sa photo, je l’ai trouvée en faisant les puces. Je pense que le photographe qui l’a prise était une personne seule et après sa mort, vu qu’il n’y avait personne à qui léguer ses affaires, des gens viennent, embarque tout ce qu’il y a à prendre et tu retrouves tout ça sur les marchés. Je ne sais pas qui elle est mais j’ai énormément de photos d’elle et quand je la regarde je pense à mes propres enfants, à ma mère. L’idée, c’est vraiment qu’elle représente tout le monde et elle représente également la nostalgie de l’innocence.

Concrètement, que représente vraiment cet album ?

Il représente vraiment tout ce qu’il y a dans ma tête par rapport aux années 90, quand la plupart des chansons formaient la cohérence de l’album et non pas l’inverse, c’est ce que je cherchais.

Je ne sais pas si ma vision t’intéresses, mais personnellement, je vois Echo Street comme une route sur laquelle on avance et à laquelle il n’y a pas de fin.

C’est exactement ça, un long tube, qui semble infini. Mais il est important de savoir, qu’au-delà, il y a forcément un autre endroit, qu’il faut réussir à atteindre. L’album est le tube, à toi de voir où il te mène. L’album est un tube dans l’autre sens du terme également (rires) !

Parle-nous de cet EP 4 titres qui s’appelle Sunriders qui devrait sortir avec l’album.

Pour moi, quand nous faisons un album, c’est une chose très spécifique, c’est comme un film. Ce qui va dessus est spécifique à l’album, arriver à lier les chansons entre elles pour donner une « cohérence » au tout. Mais il y a des chansons qui peuvent être composées et qui ne collent pas avec ce fil conducteur. Un EP est une opportunité de s’éloigner de cette idée de fil conducteur, juste 20-25 minutes de musique, libres et qui n’ont pas besoin de la cohérence d’un album. Sunriders est composé de matériel récent ainsi que d’anciennes chansons. Il y a deux chansons dessus qui auraient pu finir sur Echo Street mais elles n’existaient pas au moment où nous avions terminé l’album. C’est une autre saveur que celle de l'album.

Mais n’as-tu pas peur que des gens puissent penser que c’est un développement logique à Echo Street et assimile ce qui est dit sur l’album à ce qui est dit sur cet EP. C’est un complément sans en être un.

C’est un complément. Pour être honnête, je vais te donner une autre raison quant  à l’existence de cet EP et pourquoi nous n’avons pas daigné nécessaire d’attendre un nouvel album pour proposer ce matériel. C’est tout simplement parce que nous voulions faire une édition spéciale comme sur The Octopus, qui proposait une chose vraiment spéciale, avec ce livre de photos. C’était vraiment énorme. C’était impossible de le refaire, je ne pouvais pas refaire ça. Mais je voulais faire quelque chose d’aussi gros. Faire cet EP restait quelque chose de spécial, au début, on pensait se diriger vers des versions acoustiques de chansons d’Echo Street, ou bien proposer des remixes. Ça n’a pas pris longtemps pour qu’on se décide à faire un tout nouvel enregistrement, la suite a donné Sunriders. Le titre de cet EP est une belle représentation de la manière dont il sonne d’ailleurs.

Ton imaginaire ne semble pas avoir de limites en termes d’inspirations. Aura-t-on toujours droit à des albums si différents les uns des autres et inspirés ? N’as-tu pas peur  qu’un jour, l’inspiration te quitte ?

Dès fois tu es seul, tu t’assois, dans l’idée de composer et tu te demandes si quelque chose va te venir en tête. C’est comme pêcher, tu ne sais pas si un poisson va mordre à l’hameçon. Mais, quand quelque chose te vient en tête, ce que tu dois faire, c’est d’en faire une opportunité de créer quelque chose. Il y a toujours un poisson qui mordra, à un moment ou un autre. Je ne m’inquiète pas pour ça.

Tu parles avec énormément de passion, c’est peu commun.

Je ne sais pas quoi te dire quant à ma place dans le groupe mais… (silence). J’ai fait un peu de promo avec la télé Italienne hier et je parlais avec la femme qui produisait le show et elle me disait : « Amplifier est comme Black Sabbath rencontrant Soundgarden rencontrant Pink Floyd. » Ce genre de trucs tu vois, c’était vraiment bizarre. Que des gens puissent te dire ces choses par rapport à ton groupe, tu ne sais pas quoi ressentir. C’est énorme, ça te donne l’impression d’avoir fait du bien au monde. On a beaucoup tourné avec le groupe tu sais et nous n’avons jamais voulu faire autre chose que ça. Donner de la lumière aux gens, encore et encore, de voir les résultats au bout d’un moment. Ce n’est pas seulement pour devenir riche et célèbre, ça va plus loin que ça.

Pour finir, j’aimerais te laisser le champ-libre pour exprimer ton avis sur l’industrie musicale actuelle.

(rire sadique) Ce n’est pas un secret que je ne suis pas fan de l’industrie musicale en général, sur cet album on a choisi de bosser avec KScope pour une une très bonne raison. Ce sont des gens biens, qui donnent tout ce qu’ils peuvent pour les artistes avec qui ils bossent, qui ont du respect en plus d’être très professionnels. Je pense que ce jugement est le bon, mais c’est un fait que c’est une période très difficile pour les labels en général. Les gens n’achètent plus autant de musique que par le passé. Les labels se doivent d’être flexibles et progressifs quand ils bossent avec des groupes. Le pouvoir est d’ailleurs plus du côté des groupes quand on y pense, ça m’impressionne toujours quand je vois que des boîtes se permettent encore de traiter leurs artistes comme des moutons, de choisir la direction qu’ils doivent prendre, de les traiter sans aucun respect. Ces labels vont vers la banqueroute dans les dix ans… C’est ma vision en tout cas.

Quelqu’un me disait il y a pas longtemps : « Les labels sont composés de bonnes personnes avec des mauvaises intentions, ce ne sont pas des mauvaises personnes avec des bonnes intentions. »

Je crois qu’ils sont comme les politiciens pour être honnête, au début, ce sont des bonnes personnes avec d’excellentes intentions, mais plus ils restent dans ce milieu, plus leur travail difficile, plus ils essaient de maintenir leurs idéaux, et  au bout d’un moment quelque chose casse. Au final, il ne reste plus que des intentions (rires), qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Donc oui, je pense que ton ami a raison.

1082 vuesPar Jimmy Jetsam

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